Vu les articles 10 de la Convention européenne des droits de l'homme et 593 du code de procédure pénale :
13Il résulte du premier de ces textes que toute personne a droit à la liberté d'expression, et que l'exercice de cette liberté peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, notamment à la défense des intérêts fondamentaux de la nation et de la défense nationale et à la prévention des crimes et délits contre la nation, l'Etat et la paix publique.
14Selon le second, tout arrêt de la chambre de l'instruction doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux articulations essentielles des mémoires des parties. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence.
15Pour confirmer le placement en détention provisoire de la personne mise en examen, la chambre de l'instruction s'est prononcée au regard des seuls critères de l'article 144 du code de procédure pénale, sans rechercher, comme l'y invitait le mémoire régulièrement déposé par l'intéressé, si ledit placement ne constitue pas une atteinte disproportionnée à sa liberté d'expression, telle que garantie par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme.
16En statuant ainsi, les juges ont méconnu les textes susvisés et les principes ci-dessus rappelés.
17En effet, la détention provisoire de la personne mise en examen du chef de participation à une entreprise de démoralisation de l'armée en vue de nuire à la défense nationale étant une contrainte réelle et effective peut, de ce fait, selon les circonstances de commission de l'infraction, constituer une ingérence dans l'exercice du droit à la liberté d'expression
18La détention provisoire entre dès lors dans le champ de l'article 10 précité et doit respecter les conditions posées par le second paragraphe de ce texte.
19La limitation du droit à la liberté d'expression est prévue par la loi et répond à l'objectif de défense des intérêts fondamentaux de la nation.
20Il appartient donc à la juridiction devant laquelle une telle atteinte est invoquée de vérifier le caractère proportionné de la détention provisoire au regard du but légitime poursuivi.
21La cassation est par conséquent encourue.