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CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, deuxième chambre civile (Formation restreinte), 17 novembre 2022, n° 20-23.120

ECLI:FR:CCASS:2022:C201166

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour Vu l'obligation pour le juge de ne pas dénaturer l'écrit qui lui est soumis : 6. Pour confirmer le jugement en ce qu'il a rejeté la demande en garantie, l'arrêt retient que la saisie tendait à saisir, non la créance de Mmes [G] et [Z] [B] envers Mme [O], débitrice de celles-ci, mais la créance de restitution des fonds devant être déposée par l'acquéreur du bien chez le notaire en règlement du prix de vente de l'immeuble et qu'il est de principe que, si le créancier qui se prévaut d'un titre exécutoire ou d'une décision de justice qui n'a pas encore force exécutoire, peut faire pratiquer une mesure conservatoire sur les biens de son débiteur et saisir entre les mains

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Articles visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

1Selon l'arrêt attaqué (Paris, 3 septembre 2020), le bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris a fixé, par décision du 20 juillet 2018, le montant des honoraires dus à la société Antoine Gitton avocats (la société Aga) par Mmes [G] et [Z] [B], ayants-droit de [P] [B], qui avait fait inscrire une hypothèque sur un bien immobilier appartenant à Mme [O].

2Ayant appris que cette dernière envisageait de vendre ce bien immobilier, la société Aga a, le 18 septembre 2018, fait pratiquer, en vertu de la décision du 20 juillet 2018, une saisie conservatoire de créances conditionnelles, à terme ou à exécution successive entre les mains de la société Pascal Julien Saint Amand, Bertrand Savouré, Paul [I] Soreau, Muriel Carpon, notaires associés, désormais dénommée Althemis Paris (le notaire).

3La promesse unilatérale de vente concernant ce bien a été signée le 19 octobre 2018 et, à la suite de la vente du bien immobilier, régularisée le 27 mars 2019, le notaire a désintéressé les créanciers hypothécaires.

4La société Aga a assigné le notaire aux fins de condamnation de ce dernier à la garantir pour l'exécution de toute condamnation judiciaire qui serait prononcée à son bénéfice à l'encontre de Mme [G] [B] et/ou de Mme [Z] [B] dans la limite de 350 000 euros, au paiement provisionnel de la somme de 63 000 euros, montant de l'autorisation de prélèvement à son bénéfice signifiée avec la saisie, et au paiement provisionnel de la somme de 30 000 euros sur sa créance délictuelle à l'encontre du notaire, devant un juge des référés qui s'est déclaré incompétent au profit d'un juge de l'exécution.

Les questions examinées par la Cour

Sur le premier moyen, pris en sa première branche

Ce que soutenait le demandeur

5La société Aga fait grief à l'arrêt de rejeter sa demande de garantie pour l'exécution de toute condamnation judiciaire qui serait prononcée à son bénéfice et à l'encontre de Mme [G] [B] et/ou Mme [Z] [B], dans la limite de 350 000 euros, ainsi que de rejeter la demande en paiement de la somme de 50 000 euros (à titre de dommages-intérêts), ainsi que toutes autres demandes, alors « que l'acte signifié le 18 septembre 2018 à un notaire de la société Althémis, intitulé « Procès-verbal de saisie conservatoire de créances conditionnelles, à terme ou à exécution successive », indiquait que l'huissier de justice, à la demande de la société Aga, saisissait à titre conservatoire les sommes dont la société Althémis était ou serait redevable envers mesdames [G] et [Z] [B] ; qu'il ressortait ainsi des termes clairs et précis de cet acte de saisie conservatoire qu'il portait bien sur des créances de mesdames [B], débiteurs saisis, à l'égard de la société Althémis, tiers saisi, et non sur les créances d'un autre débiteur contre ce dernier, quand bien même l'acte de saisie visait, au titre des sommes dues aux débiteurs saisis, celles à leur revenir sur le prix de vente d'un bien appartenant à madame [O], dont les consorts [B] étaient créanciers hypothécaires ; qu'en retenant néanmoins, pour dire qu'il s'agissait d'une « impossible » mesure de « saisie oblique », que l'acte d'huissier de justice précité tendait à saisir une « créance de restitution des fonds devant être déposés par l'acquéreur du bien chez le notaire en règlement du prix de vente de l'immeuble », laquelle créance de restitution était alors entendue comme celle d'un « autre débiteur du (sic : contre le) tiers », savoir celle de madame [O], venderesse du bien hypothéqué, à l'encontre de la société notariale, cependant que l'acte de saisie litigieux ne portait pas sur la créance de madame [O] contre le tiers saisi, mais bien sur les créances des débiteurs saisis eux-mêmes à l'encontre dudit tiers, la cour d'appel, qui a méconnu le sens clair et précis de l'acte précité, a violé l'interdiction faite au juge de dénaturer les documents de la cause. »

Réponse de la Cour

Vu l'obligation pour le juge de ne pas dénaturer l'écrit qui lui est soumis :

6Pour confirmer le jugement en ce qu'il a rejeté la demande en garantie, l'arrêt retient que la saisie tendait à saisir, non la créance de Mmes [G] et [Z] [B] envers Mme [O], débitrice de celles-ci, mais la créance de restitution des fonds devant être déposée par l'acquéreur du bien chez le notaire en règlement du prix de vente de l'immeuble et qu'il est de principe que, si le créancier qui se prévaut d'un titre exécutoire ou d'une décision de justice qui n'a pas encore force exécutoire, peut faire pratiquer une mesure conservatoire sur les biens de son débiteur et saisir entre les mains d'un tiers les créances de son débiteur portant sur une somme d'argent, il ne peut saisir la créance d'un autre débiteur du tiers. Il en déduit que, par ce motif substitué à celui du jugement attaqué, il ne peut être fait droit à la demande de la société Aga.

7En statuant ainsi, alors qu'aux termes du procès-verbal de saisie, l'huissier de justice avait indiqué saisir entre les mains du notaire les sommes dont il était ou serait redevable envers Mmes [G] et [Z] [B], la cour d'appel, qui a dénaturé ce procès-verbal, a violé le principe susvisé.

Sur le premier moyen, pris en sa cinquième branche

Ce que soutenait le demandeur

8La société Aga fait le même grief à l'arrêt, alors « qu'en estimant que l'existence d'une créance des consorts [B] à l'encontre du notaire, en tant que tiers saisi, supposait que le notaire ait refusé de payer, sans s'expliquer sur le fondement juridique d'une telle considération, la cour d'appel a privé sa décision de motifs et, partant, violé à nouveau l'article 455 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 455 du code de procédure civile :

9Selon ce texte, tout jugement doit être motivé.

10Pour confirmer le jugement en ce qu'il a rejeté la demande en garantie, l'arrêt retient que, en outre, la créance de Mmes [G] et [Z] [B] sur le notaire, en tant que tiers saisi, ne serait pas seulement conditionnelle ou à terme, mais hypothétique puisqu'elle supposerait que le notaire ait refusé de payer, que la contestation ait été portée devant le juge de l'exécution et que celui-ci ait délivré un titre exécutoire à l'encontre du notaire.

11En statuant ainsi, sans expliciter le fondement juridique d'un tel raisonnement, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé.

Sur le deuxième moyen

Ce que soutenait le demandeur

12La société Aga fait grief à l'arrêt de rejeter sa demande en paiement de la somme de 63 000 euros au titre d'une indemnité correspondant au montant d'une autorisation de prélèvement accordée par Mmes [G] et [Z] [B], ainsi que de rejeter sa demande en paiement de la somme de 50 000 euros à titre de dommages-intérêts et toutes autres demandes, alors « que le juge de l'exécution autorise les mesures conservatoires et connaît des contestations relatives à leur mise en oeuvre, mais aussi des demandes en réparation fondées sur leur exécution ou inexécution dommageables, à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire ; que, par ses dernières écritures d'appel, et comme l'a au demeurant relevé l'arrêt lui-même, la société Aga avait demandé que le notaire fautif soit « condamné au paiement d'une indemnité égale au montant de l'autorisation de prélèvement donnée par [G] et [Z] [B] à son bénéfice », et signifiée avec la saisie en date du 18 septembre 2018, soit la somme de 63.000 euros ; que les demandes indemnitaires ainsi formées étaient subséquentes à celles tendant à voir juger que la société Althémis avait commis une faute en s'abstenant de répondre loyalement à l'huissier saisissant, ainsi qu'en distribuant le prix de vente de l'appartement concerné, en violation de la mesure de saisie conservatoire de créance litigieuse et au mépris de l'autorisation de prélèvement susmentionnée ; que la demande en paiement d'une indemnité égale au montant de cette autorisation de prélèvement était ainsi une demande en réparation fondée sur l'inexécution dommageable de la saisie conservatoire de créance, et relevait par suite de la compétence du juge de l'exécution ; qu'en estimant néanmoins que la demande précitée tendait à l'obtention d'un titre et ne concernait, ni une difficulté relative à un titre exécutoire, ni une contestation élevée à l'occasion d'une exécution forcée, et n'entrait donc pas dans les pouvoirs du juge de l'exécution tels que définis par l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire, la cour d'appel a violé ledit texte. »

Réponse de la Cour

Vu l'article L. 213-6, alinéa 4, du code de l'organisation judiciaire et R. 523-5 du code des procédures civiles d'exécution :

13Selon le premier de ces texte, le juge de l'exécution connaît des demandes en réparation fondées sur l'exécution ou l'inexécution dommageables des mesures d'exécution forcée ou des mesures conservatoires.

14Aux termes du second, le tiers saisi qui, sans motif légitime, ne fournit pas les renseignements prévus, s'expose à devoir payer les sommes pour lesquelles la saisie a été pratiquée si le débiteur est condamné et sauf son recours contre ce dernier. Il peut être condamné à des dommages-intérêts en cas de négligence fautive ou de déclaration inexacte ou mensongère.

15Pour confirmer le jugement en ce qu'il a rejeté la demande en paiement de la somme de 63 000 euros, l'arrêt retient que cette demande qui tend à l'obtention d'un titre et ne concerne ni une difficulté relative à un titre exécutoire ni une contestation élevée à l'occasion d'une exécution forcée, n'entre pas dans les pouvoirs du juge de l'exécution tels que définis par l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire.

16En statuant ainsi, alors, d'une part, que le juge de l'exécution connaît des demandes en réparation fondées sur l'exécution ou l'inexécution dommageables des mesures d'exécution forcée ou des mesures conservatoires, sans qu'il y ait lieu de distinguer suivant qu'elles sont ou non encore en cours au jour où il est saisi, d'autre part, que la société Aga invoquait, au soutien de ses demandes, outre le fait que le notaire avait distribué une partie du prix de vente, le caractère mensonger allégué de ses déclarations en qualité de tiers saisi, la cour d'appel a violé le texte susvisé.

Portée et conséquences de la cassation

Réponse de la Cour

17L'arrêt retient que la solution du litige conduit à rejeter la demande de dommages-intérêts formée par l'appelante.

18En application de l' article 624 du code de procédure civile, la cassation des dispositions de l'arrêt confirmant le jugement en ce qu'il a rejeté la demande de garantie et la demande en paiement de la somme de 63 000 euros entraîne, par voie de conséquence, la cassation de l'arrêt en ce qu'il a confirmé le jugement rejetant la demande de dommages-intérêts, qui s'y rattache par un lien de dépendance nécessaire.

La décision

  • CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 3 septembre 2020, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ;
  • Remet l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris autrement composée. ;
  • Condamne la société Althemis Paris aux dépens ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Althemis Paris et la condamne à payer à la société Antoine Gitton avocats la somme de 3 000 euros ;
  • Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;

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