Ce que soutenait le demandeur
7Le moyen critique l'arrêt attaqué en ce qu'il a dit n'y avoir lieu à annulation du débat différé du 27 avril 2026 tenu en son absence et de l'ordonnance de placement en détention provisoire du même jour et a confirmé l'ordonnance entreprise, alors « qu'en matière de détention provisoire, l'absence de débat contradictoire peut être justifiée par des circonstances imprévisibles et insurmontables dès lors que de telles circonstances rendent impossible un tel débat et que celui-ci ne peut être différé ; qu'en retenant, pour dire n'y avoir lieu à annulation du débat différé du 27 avril 2026 tenu en l'absence de M. [X], que le mouvement de grève du personnel pénitentiaire constituait un événement insurmontable ayant empêché son extraction et sa présentation au débat contradictoire (arrêt, pp. 11-12) et que « [le juge des libertés et de la détention] n'était saisi d'une quelconque demande de renvoi ni par le mis en examen, dont il n'est pas allégué qu'il l'a fait ou a été empêché de le faire, ni par le conseil qui était alors saisi pour l'assister lors de la permanence » (ibid., p. 13, § 3), sans établir que cette circonstance qualifiée d'imprévisible tenant au mouvement de grève du personnel pénitentiaire ne pouvait être surmontée en différant le débat contradictoire dans les limites du délai légal, ce qui était pourtant possible, la chambre de l'instruction n'a pas justifié sa décision au regard des articles 145 et 593 du code de procédure pénale. »
Réponse de la Cour
Vu l'article 145 du code de procédure pénale :
8Il résulte de l'alinéa 6 de ce texte que si le juge des libertés et de la détention peut statuer sur la détention provisoire sans débat contradictoire préalable lorsque des circonstances imprévisibles et insurmontables font obstacle à la tenue de celui-ci, c'est à la condition qu'il soit dans l'impossibilité de reporter le débat à une date ultérieure.
9Selon l'alinéa 8 du même texte, lorsque la personne mise en examen sollicite un délai pour préparer sa défense, le juge des libertés et de la détention peut prescrire l'incarcération provisoire de cette personne pour une durée déterminée qui ne peut en aucun cas excéder quatre jours ouvrables jusqu'à la tenue du débat contradictoire différé.
10Il s'en déduit que, lorsque des circonstances imprévisibles et insurmontables font obstacle à la tenue du débat contradictoire différé, il appartient au juge des libertés et de la détention de renvoyer ce débat, même d'office, dans la limite du délai de quatre jours ouvrables prévu par ce texte, sauf impossibilité dûment constatée d'un tel renvoi.
11Il est indifférent que l'ordonnance d'incarcération provisoire fixe une durée de cette mesure inférieure à ce délai, le juge des libertés et de la détention ayant alors la possibilité d'ordonner la poursuite de l'incarcération provisoire de l'intéressé dans la limite de ce délai lorsqu'il procède au renvoi.
12Pour écarter le moyen de nullité de l'ordonnance de placement en détention provisoire du 27 avril 2026 selon lequel, d'une part, le juge des libertés et de la détention, en mentionnant qu'il était impossible de reporter le débat contradictoire s'agissant déjà d'un débat différé à la demande de M. [X], n'a pas énoncé de motifs propres à établir une telle impossibilité et, d'autre part, un tel report était possible dans un délai de quatre jours ouvrables à compter de l'ordonnance de placement en détention provisoire, l'arrêt attaqué énonce qu'il n'y a pas lieu de motiver l'impossibilité d'un renvoi qui n'a pas été demandé en défense.
13En statuant ainsi, la chambre de l'instruction a violé le texte susvisé et les principes ci-dessus énoncés.
14En effet, l'incarcération provisoire de M. [X], ayant été ordonnée le 24 avril 2026, pouvait être prononcée ou maintenue, en cas de renvoi au-delà du délai fixé par le titre de détention, jusqu'au 29 avril suivant.
15Le juge des libertés et de la détention ne pouvait dès lors ordonner le placement en détention provisoire de l'intéressé sans avoir constaté que le report du débat contradictoire au 28 ou au 29 avril 2026 n'était pas possible, peu important que la personne mise en examen n'ait pas sollicité un tel renvoi.
16La cassation est par conséquent encourue.