Sur le premier moyen, pris en sa deuxième branche
Ce que soutenait le demandeur
5M. [H] et Mme [S] [M] font grief à l'arrêt de dire que les fautes du praticien ont entraîné pour M. [H] une perte de chance de 20 % de voir évoluer favorablement sa pathologie et de limiter en conséquence l'indemnisation de ses préjudices, alors « qu'en toute hypothèse, ce n'est que lorsqu'il ne peut être tenu pour certain qu'en l'absence de faute dans l'accomplissement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins, le dommage ne serait pas survenu, que le préjudice subi s'analyse en une perte de chance ; que la cour d'appel a jugé "qu'en prescrivant à M. [H] de l'allopurinol selon une posologie de 200 mg par jour, en méconnaissance des recommandations de l'ANSM, le Dr [I] a commis une faute à l'origine directe des dommages subis par celui-ci" ; qu'il résultait de ces constatations que la faute du docteur [I] avait entièrement et directement concouru à la réalisation du dommage de M. [H] qui ne serait pas produit si M. [I] ne lui avait pas fait cette prescription ; qu'en retenant que la faute du docteur [I] n'avait engendré pour M. [H] "qu'une perte de chance de 20 % d'une évolution favorable du traitement, excluant la survenance d'un syndrome de Lyell", la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses constatations, et a violé l'article L. 1142-1, I, alinéa 1er, du code de la santé publique, ensemble le principe de la réparation intégrale. »
Réponse de la Cour
Vu l'article L. 1142-1, I, du code de la santé publique et le principe d'une réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime :
6Il résulte de ce texte et de ce principe que la réparation d'un dommage ne peut être limitée à une perte de chance de l'éviter qu'en l'absence de certitude que, si la faute n'avait pas été commise, le dommage ne serait pas survenu.
7L'arrêt limite la réparation au titre des fautes de diagnostic et de prescription commises par le praticien à une perte de chance de 20 % d'une évolution favorable du traitement, après avoir retenu que, si ces fautes sont à l'origine directe des dommages subis par M. [H], le médecin ne peut être tenu de la réparation des conséquences d'un aléa thérapeutique à hauteur de 80 %.
8En statuant ainsi, alors qu'il résulte de ses constatations que la réaction allergique à l'allopurinol ne serait pas survenue en l'absence de prescription de ce médicament, la cour d'appel a violé le texte susvisé.