Sur le premier moyen, pris en sa première branche
Ce que soutenait le demandeur
8La SCI et le mandataire judiciaire font grief à l'arrêt d'annuler le commandement de payer une somme de 1 725 830,36 euros aux fins de saisie-vente qu'elle a délivré à la société Vins Chevron Villette au titre de l'exécution du jugement du 7 novembre 2019 revêtu de l'exécution provisoire et signifié le 25 novembre suivant, alors « qu'il résulte de l'article L. 111-10 du code des procédures civiles d'exécution que l'exécution forcée peut être poursuivie jusqu'à son terme en vertu d'un titre exécutoire à titre provisoire, l'exécution étant poursuivie au risque du créancier ; qu'au cas présent, la cour d'appel, qui constate que la SCI a fait délivrer le 15 septembre 2020 à la société Vins Chevron Villette en exécution du jugement du 7 novembre 2019 du tribunal de grande instance de Draguignan prononcé avec exécution provisoire, un commandement de payer aux fins de saisie-vente la somme de 1. 725. 830,36 euros, créance non contestée, ne pouvait ordonner la nullité du commandement de payer au motif que, statuant sur l'appel de ce jugement, l'arrêt du 3 mai 2022 de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, qui avait ordonné la compensation entre les créances respectives des parties, avait force de chose jugée, quand cet arrêt de deux ans postérieur au commandement du 15 septembre 2020, ne pouvait justifier l'arrêt de la poursuite de l'exécution du jugement du 7 novembre 2019, la SCI étant seulement tenue par la suite de rétablir le débiteur dans ses droits si le titre exécutoire était ultérieurement modifié ; qu'en décidant le contraire, la cour d'appel a violé l'article susvisé. »
Réponse de la Cour
Vu les articles L. 111-10 et L. 221-1, alinéa 1er, du code des procédures civiles d'exécution :
9Selon le premier de ces textes, sous réserve des dispositions de l'article L. 311-4, l'exécution forcée peut être poursuivie jusqu'à son terme en vertu d'un titre exécutoire à titre provisoire.
10Aux termes du second, tout créancier muni d'un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut, après signification d'un commandement, faire procéder à la saisie et à la vente des biens meubles corporels appartenant à son débiteur. L'exécution est poursuivie aux risques du créancier. Celui-ci rétablit le débiteur dans ses droits en nature ou par équivalent si le titre est ultérieurement modifié.
11Pour annuler le commandement avant saisie-vente, l'arrêt retient que la SCI ne pouvait se prévaloir d'une créance liquide et exigible à l'égard de la société Vins Chevron Villette compte tenu de la compensation entre les créances respectives des parties, ordonnée par l'arrêt de la cour d'appel du 3 mai 2022, ayant force de chose jugée.
12En statuant ainsi, alors que le commandement avait été délivré, le 15 septembre 2020, sur le fondement du jugement du 7 novembre 2019, revêtu de l'exécution provisoire, préalablement signifié, la cour d'appel, qui ne pouvait se fonder sur un arrêt postérieur à ce jugement pour prononcer la nullité du commandement, a violé les textes susvisés.