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CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 14 novembre 2024, n° 22-20.169

ECLI:FR:CCASS:2024:SO01154

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour 7. Vu l'article 4 du code de procédure civile : 8. Aux termes de ce texte, l'objet du litige est déterminé par les prétentions respectives des parties. 9. Pour rejeter les demandes de rappels d'heures de délégation effectuées du 21 décembre 2011 au 22 janvier 2013, l'arrêt retient que le salarié n'allègue, ni ne justifie, d'aucune autorisation préalable de son médecin traitant de poursuivre l'exercice de son activité de représentation, de sorte qu'il ne peut prétendre à l'indemnisation de ses heures de délégation. 10. En statuant ainsi, alors que dans ses conclusions d'appel, le salarié se prévalait de l'autorisation, qu'il produisait, de son médecin traitant

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Cette décision vous concerne ?

Une décision de justice ne se transpose pas telle quelle à votre situation.

Articles visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

1Selon l'arrêt attaqué (Lyon, 5 mai 2022), M. [G] a été engagé le 2 septembre 2006 en qualité d'employé commercial par la société Edima distribution exploitant en location-gérance un fonds de commerce de supermarché Ed, devenue la société Dia puis la société Erteco France.

2Le salarié a été élu délégué du personnel titulaire à compter du mois d'avril 2010, puis délégué syndical CFTC à compter du 5 novembre 2010.

3Par lettre du 30 septembre 2016, la société Erteco France, anciennement Dia, lui a notifié son licenciement pour faute grave pour absence de transmission des arrêts de travail à l'employeur.

4A compter du 1er octobre 2016, à la suite de la fusion-absorption de la société Erteco France par la société Carrefour proximité France, le contrat de travail du salarié a été transféré à cette dernière.

5Soutenant avoir été victime de discrimination syndicale, de harcèlement moral et de non-paiement d'heures de délégation, le salarié a saisi la juridiction prud'homale aux fins d'indemnisation de ses préjudices et en paiement de sommes salariales par la société Carrefour proximité France, venant aux droits de la société Erteco France.

Les questions examinées par la Cour

Ce que soutenait le demandeur

Sur le premier moyen, pris en sa troisième branche, en ce qu'il fait grief à l'arrêt de rejeter les demandes du salarié de rappels d'heures de délégation du 21 décembre 2011 au 22 janvier 2013 et de congés payés afférents

6Le salarié fait grief à l'arrêt de rejeter ses demandes de rappels d'heures de délégation du 21 décembre 2011 au 22 janvier 2013 et de congés payés afférents, alors « qu'en affirmant, pour débouter le salarié de ses demandes relatives à ses heures de délégation, que celui-ci n'allègue ni ne justifie d'aucune autorisation préalable de son médecin traitant de poursuivre l'exercice de son activité de représentation, quand les parties admettaient qu'il avait obtenu une telle autorisation, la cour d'appel a dénaturé les termes du litige en violation de l'article 4 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

7Vu l'article 4 du code de procédure civile :

8Aux termes de ce texte, l'objet du litige est déterminé par les prétentions respectives des parties.

9Pour rejeter les demandes de rappels d'heures de délégation effectuées du 21 décembre 2011 au 22 janvier 2013, l'arrêt retient que le salarié n'allègue, ni ne justifie, d'aucune autorisation préalable de son médecin traitant de poursuivre l'exercice de son activité de représentation, de sorte qu'il ne peut prétendre à l'indemnisation de ses heures de délégation.

10En statuant ainsi, alors que dans ses conclusions d'appel, le salarié se prévalait de l'autorisation, qu'il produisait, de son médecin traitant d'effectuer des heures de délégation durant les périodes d'arrêt pour cause de maladie et que la société reconnaissait la transmission, le 19 novembre 2014, d'une telle autorisation, tout en soutenant que dans la mesure où le contrat de travail était suspendu durant ces périodes, l'employeur ne pourrait être tenu de verser au salarié ces heures de délégation que s'il établissait qu'il avait effectivement utilisé l'intégralité de ses crédits d'heures pour la seule réalisation de tâches administratives s'inscrivant dans le cadre de l'exécution de chacun de ses mandats, la cour d'appel, qui a modifié l'objet du litige, a violé le texte susvisé.

Sur le premier moyen, pris en sa cinquième branche, en ce qu'il fait grief à l'arrêt de rejeter ses demandes de rappels d'heures de délégation du 23 janvier au 27 mars 2013 et de congés payés afférents

Ce que soutenait le demandeur

11Le salarié fait grief à l'arrêt de le débouter de ses demandes de rappel d'heures de délégation du 23 janvier au 27 mars 2013 et de congés payés afférents, alors « que la pratique des bons de délégation, visant à avertir le chef de service ou le supérieur de l'intention du représentant syndical de se mettre en délégation, ne peut être détournée de son seul objet d'information préalable d'un déplacement pour l'exercice du mandat dans ou en dehors de l'entreprise ; qu'en affirmant, pour débouter le salarié de ses demandes relatives aux heures de délégation, que s'agissant de la période du 23 janvier au 27 mars 2013, il ne verse pas aux débats les documents de suivi de ces heures, de sorte qu'il ne démontre ni avoir subi une retenue abusive sur salaire ni avoir été contraint par les nécessités de son mandat d'utiliser son crédit d'heures de délégation en dehors de son temps de travail, la cour d'appel a violé les articles L. 2143-13, L. 2143-17, L. 2315-3 et L. 2325-7 du code du travail, dans leur rédaction applicable au litige. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 2143-17, L. 2315-3 et L. 2325-7 du code du travail, dans leur rédaction applicable au litige :

12Il résulte de ces textes que les heures de délégation considérées de plein droit comme temps de travail, qu'elles soient prises pendant ou hors les heures habituelles de travail, doivent être payées à l'échéance normale, et que l'employeur ne peut saisir la juridiction prud'homale pour contester l'usage fait du temps alloué aux représentants du personnel pour l'exercice de leur mandat qu'après les avoir payées.

13Pour rejeter la demande d'heures de délégation pour la période du 23 janvier au 27 mars 2013, l'arrêt retient que le salarié ne verse pas aux débats les documents de suivi des heures de délégation prévus à l'article 2.3 de l'accord d'entreprise du 28 avril 2006 sur le « développement du dialogue social et [l']exercice du droit syndical dans l'entreprise », de sorte qu'il ne démontre pas avoir subi une retenue abusive sur salaire au titre des heures de délégation et qu'il n'établit pas davantage avoir été contraint par les nécessités de son mandat d'utiliser son crédit d'heures de délégation en dehors de son temps de travail.

14En statuant ainsi, alors que le non-paiement des heures de délégation n'était pas contesté, la cour d'appel a violé les textes susvisés.

Sur le deuxième moyen, pris en sa cinquième branche

Ce que soutenait le demandeur

15Le salarié fait grief à l'arrêt de le débouter de sa demande de dommages-intérêts pour discrimination syndicale, alors « que les obligations résultant des articles L. 1132-1 du code du travail, d'une part, et L. 6315-1 et L. 6321-1 du code du travail, d'autre part, sont distinctes en sorte que la méconnaissance de chacune d'elles ouvre droit à des réparations spécifiques ; qu'en se fondant, pour débouter le salarié de sa demande de dommages-intérêts pour discrimination syndicale, sur son indemnisation du ''préjudice tiré de l'absence d'évolution de carrière'' la cour d'appel a violé les articles L. 1132-1, L. 6315-1 et L. 6321-1 du code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 1132-1 et L. 6321-1 du code du travail :

16Les obligations résultant des articles L. 1132-1 et L. 6321-1 du code du travail sont distinctes en sorte que la méconnaissance de chacune d'elles, lorsqu'elle entraîne des préjudices différents, ouvre droit à des réparations spécifiques.

17Pour rejeter la demande d'indemnisation au titre de la discrimination syndicale, après avoir retenu que l'employeur avait imposé au salarié protégé une modification unilatérale de ses conditions de travail, qu'il avait failli à son obligation d'assurer l'adaptation du salarié à son poste de travail et de veiller au respect de sa capacité à occuper un emploi en s'abstenant d'effectuer les entretiens professionnels et d'évaluation et en n'organisant pas sa formation, que le salarié n'a connu aucune évolution de carrière entre son embauche et son licenciement et que l'employeur ne démontre pas que ses décisions étaient justifiées par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination, de sorte que l'existence d'une discrimination syndicale est établie, l'arrêt retient que le préjudice tiré de l'absence d'évolution de carrière dont le salarié se prévaut comme résultant d'une discrimination syndicale est identique à celui dont la réparation est déjà assurée par l'allocation de dommages-intérêts au titre de la violation par l'employeur de son obligation d'assurer l'adaptation du salarié à son poste de travail.

18En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations l'existence d'un préjudice distinct au titre de la discrimination syndicale, la cour d'appel a violé les textes susvisés.

Et sur le troisième moyen, pris en sa sixième branche

Ce que soutenait le demandeur

19Le salarié fait grief à l'arrêt de le débouter de sa demande de dommages-intérêts en réparation du préjudice causé par le harcèlement moral, alors « que les obligations résultant des articles L. 1152-1 du code du travail, d'une part, et L. 6315-1 et L. 6321-1 du code du travail, d'autre part, sont distinctes en sorte que la méconnaissance de chacune d'elles ouvre droit à des réparations spécifiques ; qu'en affirmant, pour rejeter la demande du salarié relative au harcèlement moral, que des dommages-intérêts lui sont alloués en réparation du préjudice tenant à la perte de chance d'évolution de carrière), la cour d'appel a statué par un motif erroné et a violé les articles L. 1152-1 et L. 1154-1 du code du travail, dans sa version applicable en la cause, ensemble les articles L. 6315-1 et L. 6321-1 du code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 1152-1 et L. 6321-1 du code du travail :

20Les obligations résultant des articles L. 1152-1 et L. 6321-1 du code du travail sont distinctes en sorte que la méconnaissance de chacune d'elles, lorsqu'elle entraîne des préjudices différents, ouvre droit à des réparations spécifiques.

21Pour rejeter la demande d'indemnisation au titre d'un harcèlement moral, après avoir estimé que le salarié établissait avoir subi une déclaration tardive d'accident du travail, un retard dans la délivrance de l'attestation de salaires et la délivrance d'attestations erronées, une mutation sans son accord, une absence de fourniture de travail pendant plus de deux ans, une absence d'évaluation et d'évolution professionnelles, une absence de formation et que l'employeur ne prouvait pas que ces faits étaient justifiés par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement, l'arrêt retient que des dommages-intérêts lui sont alloués en réparation du préjudice tenant à la perte de chance d'évolution de carrière

22En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations l'existence d'un préjudice distinct au titre du harcèlement moral, la cour d'appel a violé les textes susvisés.

Portée et conséquences de la cassation

Réponse de la Cour

23En application de l'article 624 du code de procédure civile, la cassation des chefs de dispositif déboutant le salarié de ses demandes en paiement de la somme de 7 327,95 euros bruts à titre de rappel d'heures de délégation sur la période du 21 décembre 2011 au 27 mars 2013 et de 732,79 euros bruts à titre de congés payés afférents entraîne la cassation des chefs de dispositif rejetant les demandes en paiement de la somme de 8 000 euros en réparation du préjudice subi relatif au décompte abusif des heures de délégation, en paiement de la somme de 3 500 euros à titre de dommages-intérêts pour le préjudice subi du fait du non-paiement des heures de délégation, ainsi que les chefs de décision allouant au salarié les sommes de 3 195,36 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis, outre 319,54 euros au titre des congés payés afférents et 3 195,36 euros au titre de l'indemnité de licenciement, qui s'y rattachent par un lien de dépendance nécessaire.

La décision

  • CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il condamne la société Carrefour proximité France à payer à M. [G] les sommes de 1 500 euros à titre de dommages-intérêts pour défaut d'organisation de la visite médicale de reprise, 5 000 euros à titre de dommages-intérêts au titre de la modification des conditions de travail du salarié protégé, 7 000 euros à titre de dommages-intérêts pour manquement de l'employeur à son obligation d'assurer l'adaptation du salarié à son poste de travail et de veiller au respect de sa capacité à occuper un emploi, statue sur les dépens et rejette la demande de la société Carrefour proximité France au titre de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 5 mai 2022, entre les parties, par la cour d'appel de Lyon ;
  • Remet, sauf sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Grenoble ;
  • Condamne la société Carrefour proximité France aux dépens ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Carrefour proximité France et la condamne à payer à M. [G] la somme de 3 000 euros ;
  • Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;

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Citer cette page : « Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 14 novembre 2024, n° 22-20.169 », Legitym — legitym.com/fr/jurisprudence/ECLI%3AFR%3ACCASS%3A2024%3ASO01154 · mis à jour le 3 octobre 2026 · Réf. LGT-V874V8W6