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CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, chambre criminelle (Formation restreinte), 23 novembre 2022, n° 22-85.377

ECLI:FR:CCASS:2022:CR01606

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour Vu l'article 593 du code de procédure pénale : 7. Tout arrêt de la chambre de l'instruction doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux articulations essentielles des mémoires des parties. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence. 8. Pour rejeter la demande de mise en liberté formée par M. [Y], l'arrêt attaqué énonce que celui-ci, qui réfute les faits et se dit victime d'un complot, a été mis en cause par cinq de ses employés pour des agissements commis de manière régulière, dans le cadre de ses activités professionnelles, sur une période se déroulant de 2013 à 2015. 9. Les juges ajoutent qu'il ressort

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Articles du code de procédure pénale visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

1Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de la procédure ce qui suit.

2Le 18 octobre 2018, M. [U] [Y], mis en examen des chefs précités, a été placé sous mandat de dépôt.

3Il a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sous surveillance électronique par un arrêt de la chambre de l'instruction du 31 octobre 2019, puis il a été placé sous contrôle judiciaire par une ordonnance du juge d'instruction rendue le 8 janvier 2020.

4Mis en accusation par une ordonnance du 20 avril 2021, il a été condamné par un arrêt de la cour d'assises du 5 mai 2022, à la peine de quatorze ans de réclusion criminelle.

5M. [Y] a formé appel de cette décision et a présenté une demande de mise en liberté le 13 juillet 2022.

La question examinée par la Cour

Ce que soutenait le demandeur

6Le moyen critique l'arrêt attaqué en ce qu'il a rejeté la demande de mise en liberté de M. [Y], alors « que l'arrêt attaqué retient que seule la détention provisoire parce qu'elle permet un contrôle continu de l'accusé et de ses communications est de nature à empêcher une pression sur les témoins et les victimes, sans s'expliquer, par des considérations de fait et de droit, sur le caractère insuffisant des obligations du contrôle judiciaire ou de l'assignation à résidence avec surveillance électronique pour parvenir à cet objectif ni répondre aux articulations du mémoire faisant valoir, d'une part, qu'aucun incident n'était intervenu pendant les plus de trente mois où M. [Y], qui avait comparu libre devant la cour d'assises, avait été placé sous assignation à résidence avec surveillance électronique puis sous contrôle judiciaire dont il avait scrupuleusement respecté toutes les obligations comprenant notamment celle de ne pas entrer en relation avec les victimes et témoins, d'autre part, que M. [Y] proposait toutes les garanties permettant la reproduction des modalités de placement sous assignation à résidence avec surveillance électronique, la chambre de l'instruction n'a pas justifié sa décision au regard des articles 137-3, 143-1, 144 et 593 du code de procédure pénale. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 593 du code de procédure pénale :

7Tout arrêt de la chambre de l'instruction doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux articulations essentielles des mémoires des parties. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence.

8Pour rejeter la demande de mise en liberté formée par M. [Y], l'arrêt attaqué énonce que celui-ci, qui réfute les faits et se dit victime d'un complot, a été mis en cause par cinq de ses employés pour des agissements commis de manière régulière, dans le cadre de ses activités professionnelles, sur une période se déroulant de 2013 à 2015.

9Les juges ajoutent qu'il ressort de la procédure que des personnes auditionnées ont fait état de pressions que M. [Y] pouvait exercer. Ils précisent que l'une des victimes n'a pas souhaité être confrontée au mis en examen par crainte de représailles ayant elle-même connu des pressions pour ne pas révéler les faits qu'elle a subis.

10Ils retiennent que M. [Y] a été déclaré coupable par une cour d'assises qui l'a condamné à une peine de quatorze ans de réclusion criminelle ce qui permet de considérer comme accru le risque de pression sur les témoins et les victimes qui sont des jeunes femmes fragilisées par les faits.

11Les juges relèvent que, dans la perspective d'une nouvelle audience, et alors que l'accusé a pu mesurer l'importance du débat oral ainsi que des déclarations, il convient d'éviter tout risque de pression sur les témoins et les victimes.

12Ils concluent que seule la détention provisoire, permettant un contrôle continu de l'accusé et de ses communications, est de nature à empêcher de telles pressions.

13En se déterminant par ces seuls motifs, sans répondre aux articulations du mémoire faisant valoir, d'une part, qu'aucun incident n'est intervenu pendant la période de trente mois durant laquelle M. [Y] a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sous surveillance électronique, puis d'une mesure de contrôle judiciaire dont il a observé toutes les obligations comprenant notamment celle de ne pas entrer en relation avec les victimes et les témoins, d'autre part, que M. [Y] proposait les garanties permettant la reproduction des modalités de placement sous assignation à résidence avec surveillance électronique, la chambre de l'instruction n'a pas justifié sa décision.

14La cassation est par conséquent encourue.

La décision

  • CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susvisé de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rouen, en date du 19 août 2022, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi ;
  • RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Caen, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
  • ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rouen et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ;

Suivre l'article 593 du code de procédure pénale

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