Ce que soutenait le demandeur
7Le moyen critique l'arrêt attaqué en ce qu'il a rejeté la demande de mise en liberté de M. Q..., alors « que la détention provisoire ne peut excéder une durée raisonnable ; que cette durée doit être appréciée au regard des nécessités de la procédure, et notamment des délais nécessaires pour mettre en oeuvre les voies de recours exercées ; que dès lors, la chambre de l'instruction qui a constaté que, M. Q... ayant été mis en accusation par arrêt du 1er juillet 2016, la cour d'assises s'était prononcée le 2 juin 2017, tandis que la cour d'assises d'appel, qui avait été désignée le 12 septembre 2017, n'examinerait l'affaire qu'à la session du mois de mai 2020, ne pouvait se borner à énoncer « qu'il a été difficile d'organiser plusieurs jours de débats où l'ensemble des intervenants puisse être disponible », sans expliquer pourquoi le même procès avait pu être organisé, en première instance, dans un délai de onze mois et nécessitait près de trois ans en appel ; qu'elle a ainsi privé sa décision de base légale au regard des articles 5 et 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, 144, 144-1, 145, 148-1, 148-2, 367, 591 et 593 du code de procédure pénale. »
Réponse de la Cour
Vu l'article 6, §1, de la Convention européenne des droits de l'homme, et l'article 593 du code de procédure pénale :
8La durée de la détention provisoire ne doit pas excéder le délai raisonnable imposé par le premier de ces textes.
9Selon le second, tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence
10Pour rejeter la demande, l'arrêt attaqué relève que la décision de la cour d'assises, en date du 2 juin 2017, qui a infligé à l'accusé le maximum de la peine encourue, lui a permis de prendre conscience que son système de défense n'avait nullement convaincu la juridiction de jugement, et qu'il existe un réel risque de fuite de l'accusé qui, conscient de la rigueur des peines encourues, pourrait parfaitement se soustraire à l'action de la justice quand bien même il serait hébergé par une cousine.
11La cour retient que l'accusé n'hésitait pas, lors des faits qui lui sont reprochés, à user de menaces et de violences, à se livrer à des pratiques de spiritisme et de magie noire, le risque de pression, voire de représailles, ne pouvant dès lors être écarté, que les renseignements de personnalité recueillis montrent notamment chez lui un fonctionnement manipulateur et projectif ne laissant pas de place à une remise en question, une problématique narcissique comportant des traits pervers, une absence de sentiment de culpabilité, une croyance en une toute puissance conférée, éléments qui permettent de redouter une réitération d'infractions de même nature.
12Les juges ajoutent que l'affaire sera évoquée devant la cour d'assises d'appel lors de sa session de mai 2020 et que la détention provisoire de l'accusé ne dépasse pas le délai raisonnable prévu par la Convention européenne des droits de l'homme ; qu'au regard de son positionnement en totale contradiction avec les éléments recueillis au cours de l'information, l'examen de la procédure devant la cour d'assises nécessite de longs débats, que l'accusé a désormais un avocat parisien, qu'une des parties civiles habite dans le département des Alpes-Maritimes et que certains témoins résident hors du ressort de la cour d'assises, de sorte qu'il a été difficile d'organiser plusieurs jours de débats où l'ensemble des intervenants puisse être disponible.
13En l'état de ces énonciations, dont il ne résulte pas que la défense de l'accusé ait contribué, par son refus d'une date d'audiencement qui lui aurait été proposée, au retard mis au jugement de cette affaire, la chambre de l'instruction n'a pas caractérisé les diligences particulières ou les circonstances insurmontables qui auraient pu justifier, au regard des exigences conventionnelles ci-dessus rappelées, la durée de la détention provisoire subie par M. Q... depuis la décision de première instance, soit plus de deux ans et cinq mois.
14La cassation est en conséquence encourue de ce chef.