Ce que soutenait le demandeur
4L'employeur fait grief à l'arrêt de dire que la salariée était en droit de réclamer la part de participation aux résultats de l'entreprise au titre de l'année 2019 au prorata temporis du temps de présence et de lui ordonner de lui verser la participation aux résultats de l'entreprise pour la période du 1er janvier 2019 au 10 octobre 2019, alors « que sous réserve d'une condition d'ancienneté qui ne peut excéder trois mois, tous les salariés d'une entreprise compris dans le champ des accords de participation ou d'intéressement bénéficient de leurs dispositions, de sorte que les titulaires d'un congé de reclassement sont éligibles à bénéficier de la participation ou de l'intéressement, que leur rémunération soit ou non prise en compte pour le calcul de la réserve spéciale de participation ; qu'en vertu de l'article L. 5122-4 du code du travail, auquel renvoie l'article L. 1233-72 du même code, l'allocation versée au salarié en congé de reclassement au-delà de son préavis constitue un "revenu de remplacement" ; qu'il en résulte qu'un salarié en congé de reclassement ne peut bénéficier d'une prime en application d'un accord de participation prévoyant une répartition en fonction des salaires bruts perçus sur un exercice donné, si sur cet exercice, il a perçu non pas son salaire, mais, au-delà de son préavis, une telle allocation, cette dernière n'entrant pas en conséquence dans le champ de la répartition prévue par l'accord de participation ; que pour retenir que la salariée devait bénéficier, pour la période du congé de reclassement postérieure à son préavis, d'une prime de participation en application de l'accord de participation applicable dans l'entreprise, la cour a retenu que "le bénéfice du droit à participation est lié à la qualité de « salarié » de l'entreprise et pas au fait que les rémunérations soient versées par l'employeur", que l'indemnité de congé de reclassement perçue par la salariée et versée par l'employeur constitue une rémunération au sens de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, qu'il ne peut pas être déduit de l'article L. 5123-5 du code du travail que l'allocation reclassement ne constitue pas un revenu, que cette dernière est soumise à la CSG et à la CRDS et qu'en vertu de l'article 80 duodecies du code général des impôts, elle constitue une rémunération imposable ; qu'en statuant de la sorte, cependant que l'accord de participation applicable prévoyait dans son article 4 que "la répartition de la réserve entre les bénéficiaires est effectuée proportionnellement au total des salaires bruts perçus au cours de l'exercice considéré", de sorte que la salariée qui, sur la période concernée, n'avait perçu que l'allocation de reclassement légalement qualifiée de "revenu de remplacement" et ne pouvant donc être analysée comme un salaire, ne disposait pas de droit effectif à une prime de participation, la cour d'appel a violé l'article 4 de l'accord de participation du 28 mars 2003, ensemble les articles L. 1233-72 et L. 5122-4 du code du travail ainsi que l'article 1103 du code civil. »
Réponse de la Cour
Vu les articles L. 3342-1, L. 3324-5 L. 1233-72 et L. 5123-5 du code du travail et 4 de l'accord de participation du 28 mars 2003 :
5Il résulte du premier de ces textes que, sous réserve d'une condition d'ancienneté qui ne peut excéder trois mois, tous les salariés d'une entreprise compris dans le champ des accords de participation ou d'intéressement bénéficient de leurs dispositions, de sorte que les titulaires d'un congé de reclassement, qui demeurent salariés de l'entreprise jusqu'à l'issue de ce congé en application du deuxième de ces textes, bénéficient de la participation ou de l'intéressement, que leur rémunération soit ou non prise en compte pour le calcul de la réserve spéciale de participation.
6Aux termes des deux premiers alinéas du deuxième de ces textes, la répartition de la réserve spéciale de participation entre les salariés est calculée proportionnellement au salaire perçu dans la limite de plafonds déterminés par décret. Toutefois, l'accord de participation peut décider que cette répartition entre les salariés est uniforme, proportionnelle à la durée de présence dans l'entreprise au cours de l'exercice, ou retenir conjointement plusieurs de ces critères.
7Aux termes de l'article 4 de l'accord de participation des salariés aux résultats de l'entreprise du 28 mars 2003, la répartition de la réserve entre bénéficiaires est effectuée proportionnellement au total des salaires bruts perçus au cours de l'exercice considéré. Il s'agit des salaires bruts déterminés selon les règles prévues à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale.
8En application du troisième et du dernier de ces textes, dans leur rédaction applicable en la cause, l'allocation de reclassement qui excède la durée du préavis n'est pas soumise aux cotisations de sécurité sociale, ni à la taxe sur les salaires.
9Il en résulte que l'allocation de reclassement qui excède la durée du préavis n'entre pas dans l'assiette de la répartition de la participation prévue par l'accord de participation du 28 mars 2003.
10Pour condamner l'employeur à payer à la salariée la participation aux résultats de l'entreprise pour la période du 1er janvier 2019 au 31 octobre 2019, l'arrêt énonce d'abord qu'il résulte de l'article L. 3342-1 du code du travail que le bénéfice du droit à participation est lié à la qualité de salarié de l'entreprise et non au fait que les rémunérations soient versées par l'employeur.
11Il retient ensuite que l'indemnité de congé de reclassement perçue par la salariée et versée par l'employeur constitue une rémunération au sens de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale qui prévoit que sont considérées comme rémunérations, toutes les sommes versées aux travailleurs en contrepartie ou à l'occasion du travail, notamment les salaires, les indemnités de congés payés, les indemnités, prime, gratification et tous les autres avantages en argent.
12Il ajoute que si selon les termes de l'article L. 5123-5 du code du travail, les contributions des employeurs aux allocations prévues par le présent chapitre ne sont passibles ni de la taxe sur les salaires ni des cotisations et des contributions de sécurité sociale, il ne peut en être déduit que l'allocation reclassement ne constitue pas un revenu alors qu'elle est soumise à la CSG et à la CRDS et que selon l'article 80 duodecies du code général des impôts elle constitue une rémunération imposable.
13En statuant ainsi, alors que l'indemnité litigieuse qui avait été versée à la salariée correspondait au congé de reclassement excédant la durée du préavis, la cour d'appel a violé les textes susvisés.