Sur le moyen, pris en sa première branche
Ce que soutenait le demandeur
5L'employeur fait grief à l'arrêt de le condamner à payer à certains salariés diverses sommes à titre de rappel de salaire au titre des heures supplémentaires impayées, alors « que, d'une part, les accords collectifs prévoyant une modulation du temps de travail sont opposables aux salariés dont la conclusion du contrat de travail est postérieure à sa mise en uvre au sein de l'entreprise, peu important l'absence de mention expresse de ces accords dans leur contrat de travail ; qu'en l'espèce, la cour d'appel a relevé que "selon l'article 10 de l'accord du 1er avril 1999 visant à mettre en uvre la création d'emplois par l'aménagement et la réduction du temps de travail, en vigueur étendu, applicable à l'entreprise, la durée du travail peut être organisée sous forme de cycles dès lors que sa répartition à l'intérieur du cycle se répète à l'identique d'un cycle à l'autre. Le nombre d'heures de travail effectué au cours des semaines composant le cycle peut être irrégulier. Il ne peut être accompli plus de 44 heures par semaine par un salarié travaillant de jour comme de nuit. Le cycle de travail ne peut dépasser 12 semaines consécutives. Sur la totalité du cycle, la durée moyenne hebdomadaire ne peut être supérieure à l'horaire collectif de travail", que "selon l'article de l'accord d'entreprise du 29 juin 1999 (Union mutualiste pour la gestion des établissements foyers et services Les hirondelles (Ufef) – Accord ARTT), conformément à l'article 10 de l'accord de branche, la durée du travail sera organisée sous forme de cycle. Le cycle de travail sera de 4 semaines consécutives pour les personnels suivants : les aides médicaux psychologiques, les moniteurs éducateurs d'internat", et que cet article avait été repris par "l'avenant n° 3 à l'accord ARTT du 29 juin 1999, conclu le 18 décembre 2009" ; qu'il résultait de ces constatations que les accords précités étaient opposables à Mme [K], née [NK], Mme [F], née [XJ], Mme [D], née [R], M. [G] [AO], Mme [M], Mme [W], Mme [SX], Mme [XC] et Mme [PY], dont les contrats de travail ou avenants étaient postérieurs à l'instauration des cycles de travail, peu important l'absence de mention expresse de ces accords dans ces contrats et avenants ; qu'en statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel a violé les articles L. 3122-2 et suivants du code du travail, dans leur rédaction antérieure à la loi n° 2008-789 du 20 août 2008. »
Réponse de la Cour
Vu l'article L. 212-8 devenu l'article L. 3122-9 du code du travail, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2008-789 du 20 août 2008, l'article 20 V de la loi n° 2008-789 du 20 août 2008, et l'article 10 de l'accord du 1er avril 1999 visant à mettre en oeuvre la création d'emplois par l'aménagement et la réduction du temps de travail :
6Selon le premier de ces textes, une convention ou un accord collectif de travail étendu ou une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement peut prévoir que la durée hebdomadaire du travail peut varier sur tout ou partie de l'année à condition que, sur un an, cette durée n'excède pas un plafond de 1607 heures.
7Il résulte du deuxième de ces textes que les accords conclus en application de l'article L. 3122-9 du code du travail restent en vigueur.
8Aux termes du troisième de ces textes, la mise en place d'une répartition des horaires sur une période supérieure à la semaine et au plus égale à l'année prévue par un accord collectif ne constitue pas une modification du contrat de travail.
9Pour condamner l'employeur à payer à Mmes [NK], [XJ], [R], [M], [W], [SX], [XC], [PY] et M. [G] [AO] diverses sommes à titre de rappels de salaire pour heures supplémentaires, l'arrêt retient que l'employeur ne démontre pas, en l'absence de mention de l'aménagement de la durée du travail selon des cycles de quatre semaines dans le contrat de travail, que les salariés ont été informés de l'existence de l'accord du 29 juin 1999 et mis en demeure d'en prendre connaissance, qu'il en résulte que les dispositions de cet accord relatives à l'aménagement de la durée du travail selon un cycle de quatre semaines leur sont inopposables et qu'ils sont bien fondés à prétendre à l'application des règles de droit commun relatives au calcul des heures supplémentaires.
10En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations que pour ces salariés, à l'exception de Mme [R], la modulation avait été mise en oeuvre par l'employeur avant leur engagement, que s'agissant de Mme [R], elle avait signé, le 8 juin 2015, un avenant à son contrat de travail portant sur le poste à temps partiel de moniteur éducateur et qu'il n'était pas soutenu que les contrats de travail ou l'avenant auraient dérogé à cette organisation collective du travail applicable dans l'entreprise, la cour d'appel a violé les textes susvisés.