Sur le premier moyen du pourvoi principal, pris en sa première branche
Ce que soutenait le demandeur
4La salariée fait grief à l'arrêt de la débouter de sa demande en paiement de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors « que l'insuffisance professionnelle du salarié ne constitue pas une faute pouvant justifier une sanction disciplinaire, sauf en cas d'abstention volontaire ou de mauvaise volonté délibérée de la part de celui-ci ; que, si la lettre de licenciement fixe les limites du litige en ce qui concerne le motif de la rupture mentionné dans la lettre de licenciement, lequel détermine le caractère disciplinaire ou non du licenciement, il appartient au juge de qualifier les faits invoqués par l'employeur dans cette lettre ; qu'au cas d'espèce, pour dire le licenciement disciplinaire de la salariée justifié, la cour d'appel a retenu que l'employeur justifiait que cette dernière avait commis des "erreurs répétées" en matière de tenue de comptabilité dans le cadre de l'exécution de sa mission, susceptibles d'entraîner des conséquences dommageables pour lui ; qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher si la mauvaise exécution des tâches invoquée par l'employeur au soutien du licenciement prononcé pour faute grave, procédait d'une abstention volontaire ou d'une mauvaise volonté délibérée de sa part, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1232-1, L. 1232-6 et L. 1235-2 du code du travail. »
Réponse de la Cour
Vu les articles L. 1232-1, L. 1232-6 et L. 1235-1 du code du travail :
5Si la lettre de licenciement fixe les limites du litige en ce qui concerne les griefs articulés à l'encontre du salarié et les conséquences que l'employeur entend en tirer quant aux modalités de rupture, il appartient au juge de qualifier les faits invoqués par l'employeur dans la lettre de licenciement.
6L'insuffisance professionnelle, sauf abstention volontaire ou mauvaise volonté délibérée du salarié, ne constitue pas une faute.
7Pour débouter la salariée de sa demande en dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'arrêt constate que la société justifie d'erreurs répétées et de négligences dans la tenue de la comptabilité, erreurs qui auraient pu être lourdes de conséquences en termes de fiabilité des écritures comptables. Il en déduit que ces erreurs répétées dans l'exécution de sa mission constituent des manquements d'une gravité telle qu'ils rendaient impossible le maintien de son contrat de travail.
8Il ajoute que l'employeur ne rapporte toutefois pas la preuve que les difficultés connues de l'entreprise avec les banques, à l'occasion de demandes de soutien en rapport avec la crise du Covid, voient leur origine dans les griefs reprochés à la salariée, qu'au surplus il n'est pas établi que celle-ci ait fait l'objet de remarques sur la qualité de son travail jusqu'à l'engagement de la procédure, alors qu'elle était salariée de l'entreprise depuis août 1997 et qu'elle produit un témoignage de satisfaction de son ancien supérieur hiérarchique, de sorte que les griefs reprochés à l'intimée ne justifient pas son départ immédiat sans indemnités.
9En se déterminant ainsi, par des motifs inopérants, sans rechercher si la mauvaise exécution des tâches et les erreurs commises par la salariée procédaient d'une abstention volontaire ou d'une mauvaise volonté délibérée, la cour d'appel a privé sa décision de base légale.