Aller au contenu
CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 1er juillet 2020, n° 18-25.307

ECLI:FR:CCASS:2020:SO00531

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour Vu les articles L. 1232-1 et L. 1232-6 du code du travail : 10. En matière de licenciement prononcé à titre disciplinaire, si la lettre de licenciement fixe les limites du litige en ce qui concerne les griefs articulés à l'encontre du salarié et les conséquences que l'employeur entend en tirer quant aux modalités de rupture, il appartient au juge de qualifier les faits invoqués. 11. Pour juger le licenciement du salarié dépourvu de cause réelle et sérieuse et condamner l'employeur au paiement de diverses sommes, l'arrêt retient notamment que la lettre de licenciement ne fait pas mention d'un manque de loyauté et que l'employeur ne peut pas invoquer un motif non mentionn

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Cette décision vous concerne ?

Une décision de justice ne se transpose pas telle quelle à votre situation.

Articles visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

2Selon l'arrêt attaqué (Rennes, 3 octobre 2018), M. P... a été engagé par la société Agropar, holding du groupe [...], le 18 août 2003, en qualité de directeur administratif et financier.

3Le 26 janvier 2004, il a été désigné directeur général délégué de la société [...].

4Le 23 mai 2012, il a été convoqué par son employeur, la société Agropar, à un entretien préalable à un éventuel licenciement, avec mise à pied conservatoire.

5Le 25 mai 2012, il a été mis fin à son mandat de directeur général délégué de la société [...].

6Le 1er juin 2012, une procédure de redressement judiciaire a été ouverte au bénéfice des sociétés Agropar et [...]. Mme C... et M. U... ont été désignés en qualité de commissaire à l'exécution du plan de la société Agropar.

7Le 6 juillet 2012, le salarié a été licencié pour faute grave par la société Agropar.

Les questions examinées par la Cour

Sur le second moyen du pourvoi incident de l'employeur, ci-après annexé

Réponse de la Cour

8En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le premier moyen, pris en sa deuxième branche, du pourvoi incident de l'employeur

Ce que soutenait le demandeur

9L'employeur fait grief à l'arrêt de dire le licenciement sans cause réelle et sérieuse, en conséquence, de fixer la créance du salarié au passif du redressement judiciaire de la société à diverses sommes au titre de la mise à pied conservatoire et des congés payés afférents, de l'indemnité compensatrice de préavis et des congés payés afférents, de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, ainsi que de débouter la société de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile et au titre des dépens et de la condamner à délivrer au salarié les documents de fin de contrat, alors « que constitue une faute disciplinaire l'agissement du salarié qui caractérise un manquement aux obligations résultant de son contrat de travail et résulte d'une mauvaise volonté délibérée de sa part ; que, si la lettre de licenciement fixe les limites du litige quant aux faits et griefs que l'employeur invoque à l'appui de sa décision de rompre le contrat de travail, il revient au juge de qualifier ces faits et griefs ; qu'en l'espèce, la cour d'appel a relevé qu'à la lecture de la lettre de licenciement, celui-ci, prononcé pour faute grave, est motivé par le fait, pour le salarié, de ne pas avoir alerté les instances compétentes sur la situation réelle de l'entreprise, d'avoir aggravé la situation par une politique désastreuse en étant l'inspirateur de la politique du groupe consistant à réaliser des opérations financières dans des conditions qui se sont révélées désastreuses, en s'entourant de conseils aux coûts exorbitants, à exiger des efforts des partenaires sans s'en imposer à lui-même compte tenu des dépenses somptuaires et des primes octroyées dans un contexte exigeant modération, à régulariser des contrats ambigus prévoyant l'octroi de bonus dans des conditions mal définies conduisant à des contentieux, d'avoir eu une crédibilité entamée pour engagements non tenus, d'avoir méconnu des principes de base du code d'éthique, de s'être fait consentir par la société Fragosul une somme de 90 000 euros par mois alors qu'il ne pouvait ignorer le caractère indu de ces versements et en tout état de cause disproportionné, de s'être accordé des avantages exorbitants, agissements contraires à l'intérêt du groupe et constituant autant de méconnaissance aux règles régissant les relations contractuelles que le code d'éthique applicable au sein du groupe ; que, pour dire le licenciement du salarié dépourvu de cause réelle et sérieuse, la cour d'appel a néanmoins considéré que, la lettre de licenciement ne faisant pas notamment mention d'un manquement au devoir de loyauté, un tel manquement ne pouvait être retenu ; qu'en statuant ainsi, alors qu'il lui revenait de vérifier si, comme le soutenait l'employeur, les faits et griefs reprochés au salarié constituaient un manquement au devoir de loyauté, la cour d'appel, qui a méconnu son office, a violé les dispositions des articles L. 1232-6 et L. 1331-1 du code du travail, ensemble les articles L. 1232-1 et L. 1235-1 du même code. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 1232-1 et L. 1232-6 du code du travail :

10En matière de licenciement prononcé à titre disciplinaire, si la lettre de licenciement fixe les limites du litige en ce qui concerne les griefs articulés à l'encontre du salarié et les conséquences que l'employeur entend en tirer quant aux modalités de rupture, il appartient au juge de qualifier les faits invoqués.

11Pour juger le licenciement du salarié dépourvu de cause réelle et sérieuse et condamner l'employeur au paiement de diverses sommes, l'arrêt retient notamment que la lettre de licenciement ne fait pas mention d'un manque de loyauté et que l'employeur ne peut pas invoquer un motif non mentionné dans la lettre de licenciement.

12En statuant ainsi, la cour d'appel, à qui il appartenait de déterminer si les faits invoqués dans la lettre de licenciement n'étaient pas constitutifs d'un manquement à l'obligation de loyauté dont le salarié était tenu en vertu du contrat de travail, comme le soutenait l'employeur dans ses conclusions, a violé les articles susvisés.

Et sur le moyen unique, pris en sa première branche, du pourvoi principal du salarié

Ce que soutenait le demandeur

13Le salarié fait grief à l'arrêt de le débouter de sa demande en paiement d'une indemnité conventionnelle de licenciement et de fixer sa créance au passif du redressement judiciaire de la société à une certaine somme à titre de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse alors « que le contrat de travail n'est pas suspendu automatiquement par l'exercice d'un mandat social ; que M. P... qui, d'une part, avait conclu un contrat de travail avec la société Agropar et, d'autre part, avait été nommé directeur général de la société [...], faisait valoir que son contrat de travail n'avait pas été suspendu par son mandat social car étant rémunéré par la société Agropar et étant demeuré dans un lien de subordination juridique avec elle ; qu'en ayant alors énoncé que le contrat de travail de M. P... conclu avec la société Agropar avait été suspendu au seul motif du mandat social qui lui avait été confié le 26 janvier 2004 en qualité de directeur général du groupe [...], avant de reprendre son cours par la révocation du mandat social, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard de l‘article L. 1234-9 du code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 455 du code de procédure civile :

14Il résulte de ce texte que le défaut de réponse à conclusions constitue un défaut de motifs.

15Pour juger que le salarié ne pouvait prétendre à une indemnité conventionnelle de licenciement et fixer le montant des dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'arrêt retient que le contrat de travail a été suspendu pendant la durée du mandat social puis a repris son cours par l'effet de sa révocation jusqu'à la rupture du contrat de travail, ce dont il résulte que l'intéressé n'avait pas un an d'ancienneté.

16En statuant ainsi, sans répondre aux conclusions du salarié qui soutenait que son contrat de travail, conclu avec la société-mère et ayant pour objet l'exercice du mandat social dans la filiale, comme cela résultait de l'avenant à ce contrat, n'avait pas été suspendu pendant l'exécution du mandat social, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé.

La décision

  • CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il juge le licenciement de M. P... sans cause réelle et sérieuse, fixe la créance du salarié au passif du redressement judiciaire de la société Agropar à diverses sommes au titre de la mise à pied conservatoire et des congés payés afférents, de l'indemnité compensatrice de préavis et des congés payés afférents ainsi que de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, en ce qu'il condamne la société à délivrer au salarié les documents de fin de contrat et déboute le salarié de sa demande en paiement d'une indemnité conventionnelle de licenciement, l'arrêt rendu le 3 octobre 2018, entre les parties, par la cour d'appel de Rennes ;
  • Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel d'Angers ;
  • Laisse à chaque partie la charge de ses propres dépens ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ;
  • Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;

Suivre la jurisprudence sur ces articles

Un e-mail dès qu'une nouvelle décision de la Cour de cassation vise un article choisi. Gratuit, sans compte.

Articles à suivre

Votre adresse ne sert qu'à cette alerte. Arrêt en un clic dans chaque e-mail. Voir notre politique de confidentialité.

Citer cette page : « Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 1er juillet 2020, n° 18-25.307 », Legitym — legitym.com/fr/jurisprudence/ECLI%3AFR%3ACCASS%3A2020%3ASO00531 · mis à jour le 3 octobre 2026 · Réf. LGT-BF4Q2MDW