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Rejet

Cour de cassation, 18 mars 2026, n° 25-14.195

ECLI:FR:CCASS:2026:SO00289

La Cour rejette le pourvoi : la décision attaquée est maintenue

Sommaire de la Cour

Il résulte de l'article L. 2314-19 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, que ne peuvent exercer un mandat de représentation les salariés qui, soit disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise, soit représentent effectivement l'employeur devant les institutions représentatives du personnel ou exercent au niveau de l'entreprise à l'égard des représentants du personnel les obligations relevant exclusivement du chef d'entreprise. Les conditions d'éligibilité aux élections de la délégation du personnel au comité social et économique s'apprécient au jour du premier tour du scrutin. Ayant constaté qu'un salarié représentait l'employeur au sein d'un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, lequel exerçait une partie des attributions dévolues au comité social et économique, un tribunal judiciaire en a exactement déduit que le salarié n'était pas éligible à la délégation du personnel du comité social et économique, peu important que cette institution auprès de laquelle le salarié s'est porté candidat dispose d'un périmètre plus large que l'instance au sein de laquelle le salarié représentait l'employeur au premier jour du scrutin

Cette décision vous concerne ?

Une décision de justice ne se transpose pas telle quelle à votre situation.

Articles du code du travail visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

2Selon le jugement attaqué (tribunal judiciaire de Paris ,10 avril 2025), en application de la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 et de ses décrets d'application, la société La Poste (La Poste) disposait d'un régime dérogatoire au titre de la représentation du personnel inspiré du droit public avec des commissions paritaires pour l'examen des situations individuelles des fonctionnaires, des commissions consultatives paritaires pour celles intéressant les salariés de droit privé, un comité technique national et des comités techniques locaux pour les sujets d'ordre collectif et enfin des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dits de droit commun pour les questions relevant de l'hygiène et de la sécurité.

3A la suite de la création des comités sociaux et économiques (CSE) par l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l'entreprise et favorisant l'exercice et la valorisation des responsabilités syndicales, les nouvelles dispositions légales ont été rendues applicables à La Poste à compter du 31 octobre 2024 par la loi n° 2022-1449 du 22 novembre 2022 visant à accompagner la mise en place de comités sociaux et économiques à La Poste. Cette loi supprimant les comités techniques ainsi que les CHSCT, a organisé la prorogation des mandats en cours des membres de ces comités jusqu'à la proclamation des résultats des élections aux comités sociaux et économiques à La Poste.

4A la suite de la conclusion d'un accord collectif du 8 juin 2023 relatif à l'architecture des nouvelles instances représentatives du personnel de La Poste, un protocole préélectoral a été signé, le 19 février 2024, et le premier tour de scrutin a été fixé du 9 au 14 octobre 2024.

5Le syndicat CFE-CGC du groupe La Poste (le syndicat CFE-CGC) a présenté Mmes [O] et [I] respectivement comme candidate titulaire et suppléante pour l'élection au comité social et économique de l'établissement (CSEE) Colissimo de la « Branche Services Courriers Colis » (BSCC) de La Poste.

6Les résultats ont été proclamés le 15 octobre 2024 à l'issue du premier tour.

7Par requête du 29 octobre 2024, la fédération Sud des activités postales et de télécommunication et M. [D] ont saisi le tribunal judiciaire afin d'obtenir l'annulation de l'élection de Mme [O] et de Mme [I] en qualité, respectivement, de membre titulaire et suppléant au troisième collège du CSEE Colissimo de la BSCC de La Poste, en raison de leur inéligibilité sur le fondement de l'article L. 2314-19 du code du travail.

Les questions examinées par la Cour

Sur les premiers moyens des pourvois, rédigés en termes similaires, réunis

Ce que soutenait le demandeur

8Par son premier moyen, La Poste fait grief au jugement d'annuler l'élection de Mme [O] en qualité de membre titulaire du troisième collège de la délégation du personnel du CSEE Colissimo de la BSCC, alors :

« 1°/ que l'article L. 2314-19 du code du travail dans sa rédaction, applicable au litige, issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, dispose que "Sont éligibles les électeurs âgés de dix-huit ans révolus, et travaillant dans l'entreprise depuis un an au moins, à l'exception des conjoint, partenaire d'un pacte civil de solidarité, concubin, ascendants, descendants, frères, sœurs et alliés au même degré de l'employeur ainsi que des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise ou qui le représentent effectivement devant le comité social et économique" ; que ces dispositions restreignent la seconde cause d'inéligibilité qu'elles édictent au cas de représentation de l'employeur devant le CSE, à l'exclusion de toute autre instance ; que cependant, pour annuler l'élection de Mme [O], le tribunal judiciaire a énoncé que "si l'article L. 2314-19 du code du travail vise les salariés qui "représentent effectivement [le chef d'entreprise] devant le comité social et économique" et non comme précédemment selon la jurisprudence "devant les instances représentatives du personnel", c'est uniquement pour tenir compte du regroupement de ces instances par la réforme issue des ordonnances du 22 septembre 2017. Il s'en déduit que lorsqu'une entreprise ne dispose pas de comité social et économique par dérogation au droit commun, comme en l'espèce, il convient de rechercher, pour apprécier l'éligibilité d'un candidat, s'il représentait le chef d'entreprise dans une instance représentative du personnel exerçant des prérogatives équivalentes à celles d'un comité social et économique. A défaut, cela reviendrait à admettre que tout délégataire du chef d'entreprise dans une instance représentative du personnel, quelle que soit l'ampleur de ses attributions, pourrait se porter candidat à une élection professionnelle" et encore "que Mme [O] était chef de l'établissement de [Localité 1], et assurait les fonctions de directrice de la plateforme colis et directrice de l'agence colis. En cette qualité, elle présidait habituellement le CHSCT de 11 cet établissement. Du fait de ces fonctions, elle doit être assimilée à l'employeur au sens de l'article L. 2314-19 du code du travail" ; qu'en statuant de la sorte, le tribunal judiciaire a violé le texte susvisé ;

2°/ que l'article L. 2314-19 du code du travail dans sa rédaction, applicable au litige, issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, exclut l'éligibilité "[...] des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise [...]" ; qu'une telle assimilation suppose que la délégation dont bénéficie le salarié lui confie de manière habituelle et non pas uniquement ponctuelle ou exceptionnelle les pouvoirs de l'employeur en matière d'embauche, de discipline et de licenciement ; que pour déclarer Mme [O] inéligible, le tribunal judiciaire a retenu qu'il "ressort des délégations qu'au titre de la gestion du personnel, Mme [O] avait les pouvoirs suivants : Le recrutement et la rupture des contrats des personnels en CDD, en stage, en contrat d'alternance (apprentissage, contrat pro, etc....), Le suivi et l'autorisation des absences de tous les personnels des classes I à IV groupe A, La discipline pour les sanctions allant jusqu'au blâme, S'agissant des personnels classe IV groupe B, la gestion de la vie courante dont l'octroi des congés, le suivi et l'autorisation des absences" ; qu'il a reconnu "que [ces] ; prérogatives en matière de suivi des absences ou des congés ainsi que celles se rapportant au recrutement et à la rupture d'un nombre en pratique très réduit de personnels lui conféraient une autorité limitée » ; que cependant, pour conclure à son inéligibilité, il a énoncé qu' "En revanche, elle exerçait en toute autonomie le pouvoir disciplinaire sur tous les agents ou salariés de son établissement, avec le pouvoir de notifier des avertissements ou des blâmes. Si ces sanctions n'avaient pas de conséquences immédiates sur la présence des salariés dans l'entreprise, le pouvoir qui lui était associé lui conférait en pratique une autorité lui permettant d'exiger des travailleurs placés sous sa hiérarchie le respect des règles de discipline et des instructions qu'elle donnait pour l'exécution du travail. Mme [O] disposait ainsi pleinement d'une parcelle majeure des prérogatives patronales l'assimilant à l'employeur et dont l'exercice était parfaitement inconciliable avec un mandat de représentation du personnel" ; qu'en statuant de la sorte le tribunal judiciaire, qui n'a pas déduit les conséquences légales de ses propres constatations, a violé l'article 2314-19 du code du travail. »

9Par leur premier moyen, le syndicat CFE-CGC, Mmes [O] et [I] font grief au jugement d'annuler l'élection de Mme [O] en qualité de membre titulaire du troisième collège de la délégation du personnel du CSEE Colissimo de la BSCC de la La Poste, alors :

« 1°/ que sont éligibles aux élections professionnelles au comité social et économique les électeurs âgés de dix-huit ans révolus, et travaillant dans l'entreprise depuis un an au moins, à l'exception des conjoint, partenaire d'un pacte civil de solidarité, concubin, ascendants, descendants, frères, sœurs et alliés au même degré de l'employeur ainsi que des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise ou qui le représentent effectivement devant le comité social et économique ; que les textes qui apportent des restrictions à l'électorat comme à l'éligibilité des travailleurs au comité social et économique sont d'interprétation stricte ; qu'au cas présent, le tribunal a estimé que les comités techniques et les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail existant jusqu'à l'élection litigieuse au sein de la société La Poste ayant des attributions relevant, selon le droit commun, des comités sociaux et économiques, il s'en inférait que devaient être déclarés inéligibles les salariés qui représentaient l'employeur au sein de l'une de ces institutions représentatives du personnel supprimées à la date de l'élection ayant mis en place pour la première fois les comités sociaux et économiques ; qu'ayant constaté que Mme [O] était chef de l'établissement de [Localité 1] (sous-composante de l'établissement distinct qui constituait le cadre de l'élection litigieuse) dont, à la date de l'élection, elle présidait habituellement, en cette qualité, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, le tribunal en a déduit qu'elle était inéligible à l'élection du comité social et économique d'établissement Colissimo de la branche Services courrier colis de la société La Poste ; qu'en statuant de la sorte, par des motifs inopérants, cependant qu'il constatait que Mme [O] n'avait jamais présidé de comité social et économique et cependant qu'il était constant aux débats que ses fonctions ne pouvaient l'appeler à représenter l'employeur devant le comité social et économique nouvellement élu, le tribunal judiciaire a violé l'article L. 2314-19 du code du travail dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 ;

2°/ sont éligibles aux élections professionnelles au comité social et économique les électeurs âgés de dix-huit ans révolus, et travaillant dans l'entreprise depuis un an au moins, à l'exception des conjoint, partenaire d'un pacte civil de solidarité, concubin, ascendants, descendants, frères, sœurs et alliés au même degré de l'employeur ainsi que des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être 9 assimilés au chef d'entreprise ou qui le représentent effectivement devant le comité social et économique ; que ne peut être assimilé au chef d'entreprise, et donc déclaré inéligible, le salarié qui ne dispose que de pouvoirs limités en matière d'embauche, de discipline et de rupture des contrats de travail ; qu'au cas présent, le tribunal a constaté que la délégation d'autorité de Mme [O] lui conférait un pouvoir limité à l'embauche des salariés en contrats à durée déterminée ainsi que des alternants et stagiaires, savoir un nombre en pratique très réduit de personnels, ainsi qu'à la rupture de ces seuls contrats ; qu'il a constaté également que son pouvoir en matière disciplinaire était limité au prononcé d'avertissements et de blâmes ; qu'en jugeant que ces prérogatives limitées justifiaient d'assimiler Mme [O] à l'employeur et, partant, la rendaient inéligible à l'élection de la délégation du personnel au comité social et économique d'établissement, le tribunal a méconnu les conséquences légales de ses constatations et a ainsi violé l'article L. 2314-19 du code du travail dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022. »

Réponse de la Cour

10Aux termes de l'article L. 2314-19, alinéa 1er, du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, sont éligibles les électeurs âgés de dix-huit ans révolus, et travaillant dans l'entreprise depuis un an au moins, à l'exception des conjoint, partenaire d'un pacte civil de solidarité, concubin, ascendants, descendants, frères, sœurs et alliés au même degré de l'employeur ainsi que des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise ou qui le représentent effectivement devant le comité social et économique.

11Il résulte des travaux parlementaires de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 portant mesures d'urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi que la nouvelle rédaction des articles L. 2314-18 et L. 2314-19 du code du travail vise à réintégrer l'ensemble des salariés dans l'électorat et à légaliser la jurisprudence de la Cour de cassation limitant l'éligibilité, en inscrivant à l'article L. 2314-19 les deux conditions de restriction de l'éligibilité concernant les salariés assimilables à l'employeur, afin de sécuriser les élections professionnelles dans le contexte de renouvellement des comités sociaux et économiques.

12Il s'ensuit que ne peuvent exercer un mandat de représentation les salariés qui, soit disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise, soit représentent effectivement l'employeur devant les institutions représentatives du personnel ou exercent au niveau de l'entreprise à l'égard des représentants du personnel les obligations relevant exclusivement du chef d'entreprise.

13Par ailleurs, les conditions d'éligibilité aux élections de la délégation du personnel au comité social et économique s'apprécient au jour du premier tour du scrutin.

14Le tribunal judiciaire ayant constaté qu'en sa qualité de chef d'établissement de [Localité 1], Mme [O] en présidait habituellement le CHSCT et représentait ainsi l'employeur au sein de cette institution représentative du personnel, qui jusqu'à la proclamation des résultats du scrutin du 9 octobre 2024 exerçait une partie des attributions dévolues au comité économique et social d'établissement, peu important que l'institution auprès de laquelle la salariée s'est portée candidate dispose d'un périmètre plus large que l'instance au sein de laquelle elle représentait l'employeur au premier jour du scrutin, en a exactement déduit, par ces seuls motifs, que la salariée n'était pas éligible et qu'il y avait lieu d'annuler son élection.

15Le rejet des moyens pris en leur première branche rend sans portée la critique formée par leur seconde branche.

16Les moyens ne peuvent, dès lors, être accueillis.

Sur les seconds moyens des pourvois, rédigés en termes similaires, réunis

Ce que soutenait le demandeur

17Par son second moyen, La Poste fait grief au jugement d'annuler l'élection de Mme [I] en qualité de membre suppléant du 3e collège de la délégation du personnel du CSEE Colissimo de la BSCC de La Poste, alors « que l'article L. 2314-19 du code du travail dans sa rédaction, applicable au litige, issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, dispose que "Sont éligibles les électeurs âgés de dix-huit ans révolus, et travaillant dans l'entreprise depuis un an au moins, à l'exception des conjoint, partenaire d'un pacte civil de solidarité, concubin, ascendants, descendants, frères, sœurs et alliés au même degré de l'employeur ainsi que des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise ou qui le représentent effectivement devant le comité social et économique" ; que ces dispositions restreignent la seconde cause d'inéligibilité qu'elles édictent au cas de représentation de l'employeur devant le comité social et économique, à l'exclusion de toute autre instance ; que cependant, pour annuler l'élection de Mme [I], le tribunal judiciaire a énoncé que "si l'article L. 2314-19 du code du travail vise les salariés qui "représentent effectivement [le chef d'entreprise] devant le comité social et économique" et non comme précédemment selon la jurisprudence "devant les instances représentatives du personnel", c'est uniquement pour tenir compte du regroupement de ces instances par la réforme issue des ordonnances du 22 septembre 2017. Il s'en déduit que lorsqu'une entreprise ne dispose pas de comité social et économique par dérogation au droit commun, comme en l'espèce, il convient de rechercher, pour apprécier l'éligibilité d'un candidat, s'il représentait le chef d'entreprise dans une instance représentative du personnel exerçant des prérogatives équivalentes à celles d'un comité social et économique. A défaut, cela reviendrait à admettre que tout délégataire du chef d'entreprise dans une instance représentative du personnel, quelle que soit l'ampleur de ses attributions, pourrait se porter candidat à une élection professionnelle" et encore "que Mme [I] [...] disposait des fonctions de directrice des ressources humaines de [la DOT Colis Ouest], et ce jusqu'au 1er janvier 2025, de sorte qu'en cette qualité et en exécution de la désignation du 6 janvier 2022, elle a été amenée à remplacer le président du comité technique de la DOT Colis Ouest une fois en 2022, une fois en 2023 et trois fois en 2024. Il s'en déduit que d'abord occasionnelle, la présidence effective du comité technique local de la DOT Colis Ouest est 27 devenue plus habituelle au cours de l'année du scrutin litigieux. Du fait de la nature des prérogatives de ce comité technique, relevant de celles d'un CSE comme précédemment exposé, Mme [I] doit également être considérée comme inéligible pour le scrutin ayant débuté le 9 octobre 2024" ; qu'en statuant de la sorte, le tribunal judiciaire a violé le texte susvisé. »

18Par leur second moyen, le syndicat CFE-CGC, Mmes [O] et [I] font grief au jugement d'annuler l'élection de Mme [I] en qualité de membre suppléant du troisième collège de la délégation du personnel du CSEE Colissimo de la BSCC de La Poste, alors « que sont éligibles aux élections professionnelles au comité social et économique les électeurs âgés de dix-huit ans révolus, et travaillant dans l'entreprise depuis un an au moins, à l'exception des conjoint, partenaire d'un pacte civil de solidarité, concubin, ascendants, descendants, frères, sœurs et alliés au même degré de l'employeur ainsi que des salariés qui disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise ou qui le représentent effectivement devant le comité social et économique ; que les textes qui apportent des restrictions à l'électorat comme à l'éligibilité des travailleurs au comité social et économique sont d'interprétation stricte ; qu'au cas présent, le tribunal a estimé que les comités techniques et les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail existant jusqu'à l'élection litigieuse au sein de la société La Poste ayant des attributions relevant, selon le droit commun, des comités sociaux et économiques, il s'en inférait que devaient être déclarés inéligibles les salariés qui représentaient l'employeur au sein de l'une de ces institutions représentatives du personnel supprimées à la date de l'élection ayant mis en place pour la première fois les comités sociaux et économiques ; qu'ayant constaté que Mme [I] était, à la date de l'élection, responsable des ressources humaines de la direction opérationnelle territoriale (DOT) Colissimo Ouest et avait été conduite à remplacer à plusieurs reprises le président du comité technique de ladite DOT, le tribunal en a déduit qu'elle était inéligible à l'élection du comité social et économique d'établissement Colissimo de la branche Services courrier colis de la société La Poste ; qu'en statuant de la sorte, par des motifs inopérants, cependant qu'il constatait que Mme [I] n'avait jamais présidé de comité social et économique et cependant qu'il était constant aux débats que ses fonctions ne pouvaient l'appeler à représenter l'employeur devant un comité social et économique nouvellement élu, le tribunal judiciaire a violé l'article L. 2314-19 du code du travail dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022. »

Réponse de la Cour

19D'abord, il résulte de l'article L. 2314-19 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, que ne peuvent exercer un mandat de représentation les salariés qui, soit disposent d'une délégation écrite particulière d'autorité leur permettant d'être assimilés au chef d'entreprise, soit représentent effectivement l'employeur devant les institutions représentatives du personnel ou exercent au niveau de l'entreprise à l'égard des représentants du personnel les obligations relevant exclusivement du chef d'entreprise.

20Ensuite, les conditions d'éligibilité aux élections de la délégation du personnel au comité social et économique s'apprécient au jour du premier tour du scrutin.

21Le tribunal judiciaire a relevé qu'en sa qualité de directrice des ressources humaines de la direction opérationnelle territoriale DOT Colis Ouest, Mme [I] a remplacé, occasionnellement puis habituellement au cours de l'année précédant le scrutin, le président du comité technique local de cette direction, exerçant ainsi les obligations du chef d'entreprise devant les représentants du personnel au sein de cette institution consultative qui, jusqu'à la proclamation des résultats du scrutin du 9 octobre 2024, exerçait une partie des attributions dévolues au comité social et économique d'établissement. Il en a déduit à bon droit que la salariée n'était pas éligible et qu'il y avait lieu d'annuler son élection.

22Les moyens ne sont, dès lors, pas fondés.

La décision

  • REJETTE les pourvois ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes formées par la société La Poste, le syndicat CFE-CGC groupe La Poste et Mmes [O] et [I] et condamne la société La Poste à payer à la fédération Sud des activités postales et de télécommunication et à M. [D] la somme globale de 3 000 euros ;

Suivre l'article L. 2314-19 du code du travail

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Citer cette page : « Cour de cassation, 18 mars 2026, n° 25-14.195 », Legitym — legitym.com/fr/jurisprudence/ECLI%3AFR%3ACCASS%3A2026%3ASO00289 · mis à jour le 19 septembre 2026 · Réf. LGT-1BQRB4X6