Sur le premier moyen
Ce que soutenait le demandeur
4Le salarié fait grief à l'arrêt de dire son licenciement fondé et de le débouter de l'ensemble de ses demandes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors « que sont recevables à hauteur d'appel l'ensemble des moyens nouveaux présentés au soutien des prétentions formulées par une partie, quand bien même ils seraient ajoutés dans des conclusions postérieures à ses premières conclusions ; qu'en considérant "qu'il n'y a pas lieu de statuer sur le moyen tiré de la violation de sa liberté d'expression", moyen visant à faire constater la nullité du troisième grief de licenciement attentatoire à la liberté d'expression de M. [D], aux motifs ''que dans ses premières conclusions d'appel le salarié n'avait pas demandé la nullité de son licenciement'', quand ce moyen était le soutien de sa demande initiale en contestation du bien-fondé de son licenciement, la cour d'appel a violé les articles 910-4 et 954 du code de procédure civile dans leur rédaction applicable au litige. »
Réponse de la Cour
Vu les articles 910-4, alinéa 1er du code de procédure civile, dans sa version en vigueur du 1er janvier 2020 au 1er septembre 2024, et 954 dudit code :
5Selon le premier de ces textes, à peine d'irrecevabilité, relevée d'office, les parties doivent présenter, dès les conclusions mentionnées aux articles 905-2 et 908 à 910, l'ensemble de leurs prétentions sur le fond. L'irrecevabilité peut également être invoquée par la partie contre laquelle sont formées des prétentions ultérieures.
6En application de l'article 954, alinéas 1 et 3, du code de procédure civile, dans les procédures avec représentation obligatoire, les conclusions d'appel doivent formuler expressément les prétentions des parties et les moyens de fait et de droit sur lesquelles chacune de ces prétentions est fondée, les prétentions sont récapitulées sous forme de dispositif et la cour d'appel ne statue que sur les prétentions énoncées au dispositif.
7Il en résulte que le respect des diligences imparties par l'article 910-4 du code de procédure civile s'apprécie en considération des prescriptions de l'article 954 du même code.
8Pour dire le licenciement fondé, l'arrêt, après avoir rappelé les termes des articles 910-4 et 564 du code de procédure civile, retient qu'il ressort du dossier de la procédure que la nullité du licenciement n'a jamais été demandée par le salarié, que ce soit dans sa requête initiale et dans ses conclusions ultérieures, avant le 9 janvier 2024, date de ses conclusions n° 3 devant la cour d'appel dans le dispositif desquelles il demande la condamnation de l'employeur au paiement d'une somme pour licenciement nul et/ou sans cause réelle et sérieuse, se bornant auparavant en cours de procédure de première instance à évoquer, par voie d'interrogation, la nullité en question dans le corps de ses conclusions.
9Il en déduit, que dès lors que dans ses premières conclusions d'appel le salarié n'avait pas demandé la nullité de son licenciement, irrégularité que le salarié ne saurait sérieusement considérer comme susceptible d'être corrigée, cette demande est irrecevable, de sorte qu'il n'y a pas lieu de statuer sur le moyen tiré de la violation de sa liberté d'expression.
10En statuant ainsi, alors que le salarié avait, conformément à l'article 954 précité, mentionné ses prétentions tendant à l'absence de cause réelle et sérieuse de son licenciement, dans le dispositif de ses premières conclusions remises dans le délai de l'article 908 du code de procédure civile, et que l'article 910-4 ne faisait pas obstacle à la présentation d'un moyen nouveau dans ses conclusions postérieures, tiré de l'usage non abusif de sa liberté d'expression, pour contester le grief invoqué par l'employeur relatif aux propos critiques tenus sur l'entreprise, la cour d'appel a violé les textes susvisés.