Sur le premier moyen des pourvois n°J 22-23.901, K 22-23.902, M 22-23.903 et N 22-23.904, pris en ses deux premières branches
Ce que soutenait le demandeur
5Les salariés font grief aux arrêts de dire leurs licenciements fondés sur une faute grave et de les débouter de leurs demandes en paiement d'indemnité de préavis, de congés payés afférents, d'indemnité de licenciement et de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors :
« 1°/ que la charge de la preuve de la faute grave incombe à l'employeur ; qu'en reprochant aux salariés de n'avoir produit que les lettres qu'ils avaient établies et adressées à leur employeur pour justifier qu'ils n'avaient pas abandonné leur poste mais obtempéré à la demande de ce dernier de ne plus se présenter à leur poste de travail dans un contexte de litige avec lui sur le paiement des heures supplémentaires et le travail les week-end et jours fériés, la cour d'appel a violé les articles L. 1234-1, L. 1234-5 et L. 1234-9 du code du travail ;
2°/ qu'il appartient à l'employeur de fournir du travail au salarié et de justifier qu'il a satisfait à cette obligation ; qu'en reprochant aux salariés de n'avoir produit que les lettres qu'ils avaient établies et adressées à leur employeur pour justifier qu'ils n'avaient pas abandonné leur poste mais obtempéré à la demande de ce dernier de ne plus se présenter à leur poste de travail dans un contexte de différend avec lui sur le paiement des heures supplémentaires et le travail les week-end et jours fériés, quand il incombait à l'employeur de démontrer que les salariés avaient refusé d'exécuter leur travail ou ne s'étaient pas tenus à sa disposition, la cour d'appel a violé les articles L. 1234-1, L. 1234-5 et L. 1234-9 du code du travail. »
Réponse de la Cour
Vu les articles L. 1221-1 du code du travail et 1315 devenu 1353 du code civil :
6Il résulte du premier de ces textes, d'une part, que le refus par un salarié de reprendre le travail peut être légitimé par un manquement de l'employeur à ses obligations, d'autre part, qu'il appartient à l'employeur de fournir un travail au salarié qui se tient à sa disposition et de payer la rémunération.
7Selon le second, celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver et, réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation.
8Pour dire les licenciements fondés sur une faute grave et débouter les salariés de leurs demandes, les arrêts, après avoir constaté qu'il n'était pas contesté par les parties qu'à compter du 4 juillet, pour M. [R] et du 1er août 2019, pour MM. [L], [N] et [V], les salariés avaient cessé de travailler pour le compte de leur employeur, les salariés soutenant que c'était à la demande de celui-ci, qui leur aurait demandé de ne plus revenir et l'employeur exposant qu'il s'agissait d'un abandon de poste, retiennent que l'abandon de poste au regard des éléments produits n'apparaît pas sérieusement contesté dans la mesure où les seuls éléments auxquels se réfèrent les salariés pour justifier de leurs allégations relatives à une demande de leur employeur de quitter leurs postes de travail sont des lettres des 8 et 11 juillet et des 5 et 6 août 2019 qu'ils ont établies et lui ont envoyées.
9Ils ajoutent qu'il ressort des courriers échangés entre les parties comme de la lettre de licenciement que, s'il y a eu discussion entre employeur et salariés sur les conditions de travail, qu'il s'agisse d'heures supplémentaires ou de modifications horaires, celles-ci ne permettaient pas aux salariés de quitter leurs postes de travail pour une durée non limitée sans autre avertissement ou justification, s'agissant d'un abandon sans autorisation et répété de leur part, que cet abandon de poste caractérise une faute grave, d'autant qu'il est intervenu en pleine période de récolte mettant ainsi en difficulté l'employeur.
10En statuant ainsi, sans constater que l'employeur démontrait que les salariés avaient refusé d'exécuter leur travail ou ne s'étaient pas tenus à sa disposition, la cour d'appel, qui a inversé la charge de la preuve, a violé les textes susvisés.