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CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 10 mars 2021, n° 19-16.805

ECLI:FR:CCASS:2021:SO00321

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour Vu l'article L. 6222-18 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-994 du 17 août 2015 : 5. Aux termes des deux premiers alinéas de ce texte, le contrat d'apprentissage peut être rompu par l'une ou l'autre des parties jusqu'à l'échéance des quarante-cinq premiers jours, consécutifs ou non, de formation pratique en entreprise effectuée par l'apprenti. Passé ce délai, la rupture du contrat, pendant le cycle de formation, ne peut intervenir que sur accord écrit signé des deux parties. A défaut, la rupture du contrat conclu pour une durée limitée ou, pendant la période d'apprentissage, du contrat conclu pour une durée indéterminée, ne peut être prononcée q

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Cette décision vous concerne ?

Une décision de justice ne se transpose pas telle quelle à votre situation.

Articles du code du travail visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

1Selon l'arrêt attaqué (Toulouse, 28 février 2018), M. Q... a été engagé le 11 mai 2015 par la société Precimeca en qualité de monteur opérateur CN. Selon avenant du 9 juillet 2015, le contrat a été modifié en contrat d'apprentissage pour la période du 1er septembre 2015 au 31 août 2017.

2Le 10 janvier 2017, le salarié a été licencié pour absences non justifiées.

3Contestant cette mesure et estimant ne pas être rempli de ses droits, il a saisi la juridiction prud'homale.

Les questions examinées par la Cour

Sur le premier moyen, pris en sa première branche

Ce que soutenait le demandeur

4Le salarié fait grief à l'arrêt de dire que le contrat d'apprentissage est rompu à ses torts exclusifs au motif de ses absences injustifiées et de le débouter de sa demande de dommages-intérêts, alors « que la rupture unilatérale du contrat d'apprentissage par l'employeur en dehors des cas prévus par l'article L. 6222-18 du code du travail dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 est sans effet et justifie le prononcé de la résiliation du contrat aux torts de l'employeur ; qu'en prononçant la résiliation du contrat aux torts exclusifs de l'apprenti après avoir constaté que l'employeur avait rompu unilatéralement le contrat en dehors des cas prévus par l'article L. 6222-18, ce dont il résultait que la résiliation devait être prononcée aux torts de l'employeur et que ce dernier devait être condamné au paiement d'une indemnité réparant le préjudice subi, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé l'article L. 6222-18 du code du travail dans ses dispositions applicables en la cause. »

Réponse de la Cour

Vu l'article L. 6222-18 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-994 du 17 août 2015 :

5Aux termes des deux premiers alinéas de ce texte, le contrat d'apprentissage peut être rompu par l'une ou l'autre des parties jusqu'à l'échéance des quarante-cinq premiers jours, consécutifs ou non, de formation pratique en entreprise effectuée par l'apprenti. Passé ce délai, la rupture du contrat, pendant le cycle de formation, ne peut intervenir que sur accord écrit signé des deux parties. A défaut, la rupture du contrat conclu pour une durée limitée ou, pendant la période d'apprentissage, du contrat conclu pour une durée indéterminée, ne peut être prononcée que par le conseil de prud'hommes, statuant en la forme des référés, en cas de faute grave ou de manquements répétés de l'une des parties à ses obligations ou en raison de l'inaptitude de l'apprenti à exercer le métier auquel il voulait se préparer.

6Pour confirmer l'ordonnance de première instance en ce qu'elle a prononcé la résiliation du contrat d'apprentissage aux torts du salarié, l'arrêt retient, par motifs propres et adoptés, que l'apprenti ne s'est pas présenté à plusieurs reprises sur son lieu de travail sans justifier de ses absences et que lorsque le médecin contrôleur s'est rendu à son domicile le 21 décembre 2016 il n'a pu lui présenter un arrêt de travail alors qu'il avait déclaré à son employeur être en arrêt maladie depuis le 13 décembre 2016, que cet absentéisme avait été noté par son centre de formation outre son manque d'implication et son manque de résultat, que cette situation caractérise des manquements répétés du salarié aux obligations mises à sa charge par le contrat d'apprentissage et qui justifient de prononcer la rupture des relations contractuelles à ses torts exclusifs.

7L'arrêt retient encore, par motifs propres et adoptés, que l'employeur a procédé unilatéralement au licenciement de l'apprenti au-delà du délai des quarante-cinq premiers jours prévu à l'article L. 6222-18 du code du travail, que passé ce délai, conformément aux dispositions de ce texte, la société devait demander la résiliation judiciaire du contrat, que le licenciement n'a pu valablement mettre un terme au contrat, avant le 28 juillet 2017, date du prononcé de la résiliation judiciaire.

8En statuant ainsi, alors qu'elle avait constaté l'irrégularité de la rupture à l'initiative de l'employeur du contrat d'apprentissage après les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise, ce dont elle aurait dû déduire que l'apprenti avait droit à la réparation du préjudice subi du fait de la rupture anticipée de son contrat, la cour d'appel a violé le texte susvisé.

Et sur le second moyen, pris en sa première branche

Ce que soutenait le demandeur

9Le salarié fait grief à l'arrêt de limiter à la somme de 7 500 euros le montant alloué à titre de rappel de salaire et de le débouter du surplus de sa demande, alors « que l'apprenti est en droit d'obtenir le paiement du salaire jusqu'au jour de la résiliation judiciaire du contrat ; qu'alors que le salarié sollicitait le paiement de la somme, au minimum, de 8 500 euros pour la période de 5 mois et 18 jours du 10 février au 28 juillet 2017, la cour d'appel a limité la somme due à 7 500 euros après avoir retenu, par des motifs propres et adoptés, que le salarié n'avait pas été payé du 10 février 2017 au 28 juillet 2017, date du prononcé de la résiliation judiciaire du contrat et qu'il devait percevoir cinq mois de salaire ; qu'en statuant de la sorte, quand la période du 10 février 2017 au 28 juillet 2017 était de 5 mois et 18 jours, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences de ses constatations, a violé l'article L. 6222-18 du code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu l'article L. 6222-18 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-994 du 17 août 2015 :

10Il résulte de ce texte que la rupture par l'employeur du contrat d'apprentissage après les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise est sans effet et que, dès lors, celui-ci est tenu, sauf en cas de mise à pied, de payer les salaires jusqu'au jour où le juge, saisi par l'une des parties, statue sur la résiliation ou, s'il est parvenu à expiration, jusqu'au terme du contrat.

11Pour limiter à une certaine somme le rappel de salaire au titre de la période du 10 février au 28 juillet 2017, l'arrêt retient, par motifs propres et adoptés, que le salaire de l'apprenti est fixé à 1 500 euros brut. L'arrêt ajoute que la jurisprudence prévoit que l'apprenti perçoit ses salaires du 10 février 2017, date à laquelle il n'a plus été payé, au 28 juillet 2017, date du prononcé de la résiliation judiciaire du contrat, soit cinq mois de salaires, qu'en conséquence l'employeur doit être condamné à payer au salarié la somme de 7 500 euros à titre de rappel de salaire du 10 février au 28 juillet 2017.

12En statuant ainsi, alors qu'elle avait relevé que l'apprenti percevait un salaire mensuel de 1 500 euros et qu'il résultait de ses constatations que cinq mois et dix-huit jours s'étaient écoulés entre la rupture à l'initiative de l'employeur et la date à laquelle le conseil de prud'hommes avait statué sur la résiliation judiciaire du contrat, la cour d'appel, qui ne pouvait limiter le rappel de salaire dû au titre de cette période à 7 500 euros, a violé le texte susvisé ;

La décision

  • CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il limite le rappel de salaire alloué à M. Q... pour la période du 10 février au 28 juillet 2017 à 7 500 euros, en ce qu'il confirme l'ordonnance du conseil de prud'hommes en ce qu'elle a dit que le contrat d'apprentissage était rompu aux torts exclusifs de l'apprenti en raison de ses absences injustifiées et en ce qu'elle a débouté M. Q... de sa demande de dommages-intérêts en réparation du préjudice subi du fait de la rupture anticipée du contrat d'apprentissage, déboute M. Q... de sa demande d'indemnité au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'à supporter la charge des entiers dépens d'appel, l'arrêt rendu le 28 février 2018, entre les parties, par la cour d'appel de Toulouse ;
  • Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel d Agen ;
  • Condamne la société Precimeca aux dépens ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Precimeca et la condamne à payer à la SCP Thouvenin, Coudray et Grévy la somme de 3 000 euros ;
  • Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;

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Citer cette page : « Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 10 mars 2021, n° 19-16.805 », Legitym — legitym.com/fr/jurisprudence/ECLI%3AFR%3ACCASS%3A2021%3ASO00321 · mis à jour le 13 septembre 2026 · Réf. LGT-KPTJT41W