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CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 27 janvier 2021, n° 19-16.692

ECLI:FR:CCASS:2021:SO00113

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour Vu les articles L. 1232-6 et L. 1235-1 du code du travail dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 : 4. Selon le premier texte, la lettre de licenciement comporte l'énoncé du ou des motifs invoqués par l'employeur. 5. Selon le second, à défaut d'accord devant le bureau de conciliation, le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. 6. Pour juger le licenciement sans cause réelle et sérieuse, la cour d'app

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Cette décision vous concerne ?

Une décision de justice ne se transpose pas telle quelle à votre situation.

Articles du code du travail visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

1Selon l'arrêt attaqué (Colmar, 26 mars 2019), M. A... a été engagé le 3 octobre 2011 par la société Laboratoires Alcon en qualité de responsable des ressources humaines. Son contrat de travail a été transféré à la société Kaysersberg Pharmaceuticals le 1er janvier 2016.

2Le salarié, licencié pour faute grave le 13 décembre 2016, a saisi la juridiction prud'homale.

Les questions examinées par la Cour

Sur le premier moyen, pris en ses première et troisième branches

Ce que soutenait le demandeur

3L'employeur fait grief à l'arrêt de dire que le licenciement du salarié est dépourvu de cause réelle et sérieuse, de le condamner à lui payer des sommes à titre d'indemnité de licenciement, d'indemnité compensatrice de préavis, de dommages-intérêts pour licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse, de remboursement de la mise à pied et au titre de l'article 700 du code de procédure civile, alors :

« 1°/ qu'est fautif le salarié qui, de manière répétée, manque aux obligations contractuelles découlant des fonctions dont il est investi ; que l'employeur n'a pas à préciser dans la lettre de licenciement que de tels manquements présentent un caractère intentionnel ; qu'en l'espèce, le salarié occupait le poste de directeur des ressources humaines chargé, en cette qualité, de veiller au respect des dispositions légales et réglementaires s'imposant à l'entreprise, d'assurer une veille réglementaire ainsi que d'organiser et d'animer les instances représentatives du personnel dans le cadre d'une communication de qualité, toutes responsabilités résultant nécessairement de ses fonctions et rappelées par sa fiche de poste ; que la lettre de licenciement lui reprochait, en premier lieu, de ne pas avoir mis à la disposition du comité d'entreprise une base de données économiques et sociales (BDES) suscitant le mécontentement de ses membres et la menace d'une action pour délit d'entrave, en deuxième lieu de n'avoir procédé à aucune évaluation des salariés soumis à des risques ce qui avait empêché de procéder aux déclarations des expositions requises par les textes, ainsi que de n'avoir entrepris aucun diagnostic en vue de déterminer s'il était nécessaire de conclure un accord de prévention des effets de l'exposition à certains facteurs de risques professionnels, en troisième lieu de n'avoir rien entrepris pour l'organisation et la tenue des entretiens professionnels des salariés qui auraient dû être mis en place plusieurs mois plus tôt, et en dernier lieu de n'avoir pas respecté les engagements de l'entreprise souscrits dans un accord collectif relatif à la mise en place de niveaux de classification intermédiaires (accord NAO du 11 mars 2016) ; que, pour dire le licenciement sans cause réelle ni sérieuse et condamner l'exposante au paiement de sommes à ce titre, la cour d'appel s'est bornée à retenir que la lettre de licenciement reprochait au salarié de ne pas avoir exécuté les attributions relevant normalement de ses fonctions, mais pas de l'avoir fait de manière volontaire ou de s'être rendu responsable d'une insubordination, en sorte que le licenciement, prononcé pour faute grave, reposait sur une insuffisance professionnelle non fautive ; qu'en statuant ainsi, quand les griefs énoncés dans la lettre de licenciement, faisant état de manquements répétés du salarié à ses obligations professionnelles, caractérisaient un comportement fautif rendant impossible son maintien dans l'entreprise, la cour d'appel a violé les articles L. 1232-6, L. 1235-1, 1235-3 du code du travail dans leur rédaction applicable, ainsi que les articles L. 1331-1, L. 1234-1, L. 1234-5, et L. 1234-9 du même code dans leur rédaction applicable ;

3°/ qu'en outre, que la détermination du caractère fautif des griefs doit résulter d'un examen de l'ensemble de ces derniers, tels qu'ils sont énoncés dans la lettre de licenciement, ainsi que des conclusions dont les juges sont saisis et des éléments de preuve qui leur sont soumis ; qu'en se bornant à affirmer que les griefs de la lettre de licenciement se rapportaient tous à une inexécution des attributions dévolues au salarié, la cour d'appel, qui n'a ni procédé à l'examen de chacun de ces griefs, ni recherché, comme elle y était invitée, si ces derniers ne relevaient pas d'une carence totale et délibérée, a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1232-6, L. 1235-1, 1235-3 du code du travail dans leur rédaction applicable, ainsi que les articles L. 1331-1, L. 1234-1, L. 1234-5, et L. 1234-9 du même code dans leur rédaction applicable. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 1232-6 et L. 1235-1 du code du travail dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 :

4Selon le premier texte, la lettre de licenciement comporte l'énoncé du ou des motifs invoqués par l'employeur.

5Selon le second, à défaut d'accord devant le bureau de conciliation, le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles.

6Pour juger le licenciement sans cause réelle et sérieuse, la cour d'appel a relevé que la lecture de la lettre de licenciement démontre que n'a été reproché au salarié que le seul fait de ne pas avoir exécuté des attributions relevant normalement de ses fonctions, puisqu'il ne lui a pas été reproché d'avoir agi de manière délibérée ou d'avoir fait acte d'insubordination et qu'en conséquence l'insuffisance professionnelle invoquée ne pouvait justifier un licenciement reposant sur un caractère fautif.

7En se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si le comportement du salarié qualifié de fautif par la lettre de licenciement, constitué par une abstention dans l'exécution de ses tâches, ne procédait pas d'une mauvaise volonté délibérée, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard des textes susvisés.

Sur le deuxième moyen, pris en sa seconde branche

Ce que soutenait le demandeur

8L'employeur fait grief à l'arrêt de dire que l'indemnité conventionnelle de licenciement serait calculée sur la base de la rémunération moyenne du salarié s'élevant à 7 537 euros et de le condamner à payer la somme de 26 982,46 euros à ce titre, alors « que l'article 33 de la convention collective nationale de l'industrie pharmaceutique exclut de la base de calcul de l'indemnité de licenciement les ''gratifications exceptionnelles'' ; que l'employeur avait demandé à ce que soit exclue de cette base la ''prime exceptionnelle'' versée en janvier 2016 à l'occasion du transfert d'entreprise, prime au sujet de laquelle le salarié ne s'expliquait pas ; qu'en se bornant à retenir, pour inclure cette ''prime exceptionnelle'' dans l'assiette de l'indemnité de licenciement, que l'employeur ne soutenait pas qu'elle s'analysait en une ''gratification exceptionnelle'' au sens des dispositions précitées, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 33 de la convention collective nationale de l'industrie pharmaceutique. »

Recevabilité du moyen

Réponse de la Cour

9Le salarié conteste la recevabilité du moyen. Il soutient qu'il est nouveau et mélangé de fait et de droit.

10Cependant, le moyen n'est pas nouveau.

11Le moyen est donc recevable.

Bien-fondé du moyen

Réponse de la Cour

12Vu l'article 33 de la convention collective nationale de l'industrie pharmaceutique du 6 avril 1956 :

13Aux termes de ce texte, la base de calcul de l'indemnité de licenciement est la rémunération effective totale mensuelle gagnée par le salarié licencié, pendant le mois précédant le préavis de licenciement. Cette rémunération ne saurait être inférieure à la moyenne des rémunérations mensuelles des douze mois précédant le préavis de licenciement. Pour le calcul de cette rémunération, entrent en ligne de compte, outre le salaire de base, les majorations relatives à la durée du travail, les avantages en nature, les primes de toute nature, y compris les primes de rendement, les primes à la productivité et la prime d'ancienneté, lorsqu'elle est attribuée au salarié, les participations au chiffre d'affaires ou aux résultats à l'exclusion de celles relatives à l'intéressement, la participation et l'épargne salariale, les gratifications diverses ayant le caractère contractuel ou de fait d'un complément de rémunération annuelle, à l'exclusion des gratifications exceptionnelles.

14Pour décider que la prime exceptionnelle versée au salarié en janvier 2016 devait être comprise dans l'assiette du calcul de la rémunération servant à la fixation du montant de l'indemnité conventionnelle de licenciement, la cour d'appel a retenu que l'employeur avait qualifié de prime la somme litigieuse et qu'il ne soutenait ni ne démontrait qu'il s'agissait d'une gratification exceptionnelle, alors que la convention collective prévoyait que la base de calcul de la rémunération moyenne prenait en compte les primes de toute nature.

15En se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, s'il ne s'agissait pas d'une prime exceptionnelle, versée par l'ancien employeur à tous les salariés à l'occasion du transfert d'entreprise, qui n'avait aucun caractère contractuel et ne constituait pas un accessoire de la rémunération, la cour d'appel a privé sa décision de base légale.

Sur le troisième moyen

Réponse de la Cour

16L'employeur fait grief à l'arrêt de dire que l'indemnité conventionnelle de préavis serait calculée sur la base de la rémunération moyenne du salarié, s'élevant à 7 357 euros et de le condamner à payer la somme de 30 148 euros bruts à titre d'indemnité compensatrice de préavis, alors :

« 1°/ qu'en l'absence de de dispositions fixant les modalités de calcul d'une indemnité conventionnelle de rupture, il convient de se référer aux dispositions légales ; que le montant de l'indemnité légale de préavis correspond aux sommes que le salarié auraient perçues s'il avait continué à travailler durant le préavis ; qu'en l'espèce, après avoir justement rappelé qu'en l'absence de précisions, dans les dispositions conventionnelles, sur le montant de l'indemnité de préavis, il y avait lieu d'attribuer au salarié une indemnité égale à la rémunération qu'il aurait perçue s'il avait continué à travailler, la cour d'appel a retenu que ''l'indemnité sera calculée sur la base du salaire moyen perçu par le salarié les douze derniers mois, ce qui inclut également la prime qu'il a perçue en janvier 2016, soit sur la base de 7 537 euros bruts'' ; qu'en statuant ainsi, sans rechercher si le salarié aurait perçu une telle prime s'il avait continué à travailler durant son préavis, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 32 de la convention collective nationale de l'industrie pharmaceutique et de l'article L. 1234-5 du code du travail ;

2°/ qu'en se bornant à énoncer que l'indemnité de préavis devait inclure la prime perçue en janvier 2016, sans s'expliquer sur cette inclusion qui était contestée par l'employeur en raison du caractère exceptionnel de ladite prime versée à l'occasion du transfert d'entreprise, la cour d'appel a violé l'article 455 du code de procédure civile. »

Vu l'article 1234-5 du code du travail :

17Selon ce texte, lorsque le salarié n'exécute pas le préavis, il a droit, sauf s'il a commis une faute grave, à une indemnité compensatrice. L'inexécution du préavis n'entraîne aucune diminution des salaires et avantages que le salarié aurait perçus s'il avait accompli son travail jusqu'à l'expiration du préavis, indemnité de congés payés comprise.

18Pour fixer à une certaine somme l'indemnité compensatrice de préavis, la cour d'appel a retenu qu'il résultait de l'article L. 1234-5 du code du travail et à défaut de dispositions particulières de la convention collective sur ce point, que l'indemnité sera calculée sur la base du salaire moyen perçu par le salarié les douze derniers mois, ce qui inclut la prime perçue en janvier 2016.

19En se déterminant ainsi, sans rechercher si le salarié pouvait percevoir à nouveau la prime exceptionnelle en cas d'accomplissement de son travail jusqu'à l'expiration du préavis, la cour d'appel a privé sa décision de base légale.

La décision

  • CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il confirme le jugement ayant condamné la société Kaysersberg Pharmaceuticals à payer à M. A... la somme nette de 368 euros au titre des frais de réparation du téléphone portable professionnel et de la compensation des chèques cadeaux, avec intérêts au taux légal, l'arrêt rendu le 26 mars 2019, entre les parties, par la cour d'appel de Colmar ;
  • Remet sauf sur ce point, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Nancy ;
  • Condamne M. A... aux dépens ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ;
  • Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;

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Citer cette page : « Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 27 janvier 2021, n° 19-16.692 », Legitym — legitym.com/fr/jurisprudence/ECLI%3AFR%3ACCASS%3A2021%3ASO00113 · mis à jour le 13 septembre 2026 · Réf. LGT-524Y4ZB5