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CassationFormation : Formation restreinte

Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 23 septembre 2020, n° 18-25.026

ECLI:FR:CCASS:2020:SO00741

La Cour annule tout ou partie de la décision attaquée

Extrait des motifs

Réponse de la Cour Vu l'article R. 1452-6 du code du travail alors applicable : 8. En application de ce texte, une instance ne peut être engagée postérieurement à une première procédure prud'homale que lorsque le fondement des nouvelles prétentions est né ou s'est révélé après l'extinction de l'instance primitive. Il en résulte que sont irrecevables des demandes formées dans une nouvelle procédure dès lors que leur fondement est né avant la clôture des débats de l'instance antérieure. 9. Pour déclarer recevables les demandes du salarié l'arrêt retient que celles-ci ne peuvent être considérées comme de nouvelles prétentions, qu'il s'agit d'une difficulté d'exécution relative à une préten

Extrait des motifs de l'arrêt, cité mot pour mot : cette décision n'a pas de sommaire publié.

Cette décision vous concerne ?

Une décision de justice ne se transpose pas telle quelle à votre situation.

Articles du code du travail visés

L'arrêt, étape par étape

Texte de la Cour, cité mot pour mot. Les noms sont remplacés par des initiales par la Cour elle-même.

Les faits et la procédure

1Selon l'arrêt attaqué (Pau, 27 septembre 2018), M. J... a été engagé par la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou Charentes à compter du 1er février 1976, en qualité de guichetier puis a occupé le poste d'agent administratif section prêt, classé B, en 1987, et celui d'agent de la production bancaire, classé T3, au 31 août 2011, tout en exerçant depuis le 17 mai 1986 plusieurs mandats de représentant du personnel.

2Estimant avoir été victime d'une discrimination syndicale, il a saisi le 9 juillet 2008 la juridiction prud'homale afin qu'elle ordonnât à l'employeur de lui attribuer le coefficient minimum CM6 et le salaire correspondant.

3Par arrêt du 12 janvier 2012, la cour d'appel de Pau après avoir retenu l'existence de la discrimination invoquée, a ordonné à la Caisse d'épargne de reclasser le salarié à la classification D à partir de 1987 et de lui attribuer le coefficient CM6 auquel il aurait pu prétendre s'il avait poursuivi une carrière normale et l'a condamnée à lui verser diverses sommes à titre de dommages-intérêts en réparation de son préjudice patrimonial résultant de la perte de salaire pour la période de 1987 à 2007, de son préjudice matériel et de son préjudice moral.

4Estimant que cet arrêt du 12 janvier 2012 n'avait été exécuté que partiellement par l'employeur, M. J... a ensuite saisi le juge de l'exécution pour obtenir la mention de la classification CM6 sur ses bulletins de salaire, l'attribution d'un salaire correspondant à son classement CM6 avec le maintien des avantages acquis et le paiement d'un rappel de salaire et de cotisations Agirc depuis janvier 2008.

5Par jugement du 20 octobre 2014, il a été débouté de ses demandes.

6Après avoir été, par ailleurs, débouté, par décision de la cour d'appel de Pau du 30 avril 2015, de sa requête en interprétation de l'arrêt rendu le 12 janvier 2012, il a saisi à nouveau la juridiction prud'homale afin qu'elle fixe le montant de son salaire résultant de sa réintégration au coefficient CM6 et lui alloue un rappel de salaires et de cotisations à compter du 1er janvier 2008.

Les questions examinées par la Cour

Sur le moyen unique pris en sa première branche

Ce que soutenait le demandeur

7L'employeur fait grief à l'arrêt de fixer le salaire mensuel du salarié à la somme de 3 283,99 euros par mois à compter du 1er janvier 2008 et de le condamner à lui payer la somme de 72 567,36 euros à titre de rappel de salaire dont à déduire les montants versés au titre de l'exécution provisoire ainsi que le rattrapage des cotisations Agirc à compter de 2008, alors « qu'en vertu du principe de l'unicité de l'instance, les demandes résultant d'instances nouvelles sont irrecevables, lorsqu'elles pouvaient être présentées dans l'instance primitive avant la clôture des débats devant la cour d'appel ; qu'en l'espèce, n'ayant pas sollicité la détermination du point de départ du coefficient de classification qu'il revendiquait en raison de la discrimination syndicale dont il s'estimait victime, ni la détermination du montant du salaire correspondant à ce coefficient, ni le rattrapage des cotisations retraite y afférentes, lors de l'instance ayant donné lieu au jugement du conseil de prud'hommes de Pau du 13 avril 2010 et à l'arrêt devenu définitif du 12 janvier 2012 de la cour d'appel de Pau ayant constaté que le salarié avait été victime d'une discrimination syndicale et ayant ordonné en conséquence à l'employeur de reclasser le salarié à la classification D à partir de 1987, de lui attribuer le coefficient CM6 auquel il aurait pu prétendre s'il avait poursuivi une carrière normale, et de lui verser diverses sommes au titre de la réparation de son préjudice patrimonial résultant de la perte de son salaire pour la période de 1987 à 2007, de la réparation de son préjudice matériel, et de la réparation de son préjudice moral, le salarié ne pouvait plus demander, dans une instance ultérieure, la fixation du point de départ du coefficient CM6, la fixation de la composition et du montant du salaire correspondant à ce coefficient ainsi que le rattrapage des cotisations Agirc y afférentes, depuis 2008 ; qu'en affirmant, pour déclarer recevables les demandes du salarié, que les prétentions formulées ne constituaient pas de nouvelles prétentions mais une difficulté d'exécution relative à une prétention soumise au conseil de prud'hommes et à la cour d'appel lors d'une précédente instance, que n'avait pas anticipé le salarié, que cette situation n'avait pas été envisagée par l'article R. 1452-6 alors applicable, que l'application de la règle de l'unicité de l'instance aurait pour effet d'aboutir à un déni de justice et que sans la précision demandée, l'arrêt de la cour d'appel de Pau du 12 janvier 2012 ne pourrait pas être exécuté, la cour d'appel a violé l'article R. 1452-6 du code du travail, alors applicable. »

Réponse de la Cour

Vu l'article R. 1452-6 du code du travail alors applicable :

8En application de ce texte, une instance ne peut être engagée postérieurement à une première procédure prud'homale que lorsque le fondement des nouvelles prétentions est né ou s'est révélé après l'extinction de l'instance primitive. Il en résulte que sont irrecevables des demandes formées dans une nouvelle procédure dès lors que leur fondement est né avant la clôture des débats de l'instance antérieure.

9Pour déclarer recevables les demandes du salarié l'arrêt retient que celles-ci ne peuvent être considérées comme de nouvelles prétentions, qu'il s'agit d'une difficulté d'exécution relative à une prétention soumise à l'appréciation du conseil de prud'hommes puis de la cour d'appel qui n'a été anticipée ni par les parties, ni par les juridictions saisies, situation qui n'avait pas été envisagée par l'article R. 1452-6 à ce jour abrogé, que l'application de la règle de l'unicité de l'instance aurait en outre pour effet d'aboutir à un déni de justice, puisque sans la précision demandée, l'arrêt du 12 janvier 2012 ne pourrait être exécuté, le juge de l'exécution puis la cour d'appel sur requête en interprétation, ayant, l'un et l'autre, refusé de statuer.

10En statuant ainsi, alors que le salarié pouvait, dès l'instance initiale, joindre à sa demande principale tendant à l'indemnisation de la discrimination syndicale dont il avait été victime, toutes les demandes en découlant, et ainsi une demande de reconstitution de carrière et de règlement d'un rappel de salaires et de cotisations de retraite dues auprès de l'Agirc depuis le 1er janvier 2008, ce dont il résultait que le fondement des demandes nouvelles était né avant la clôture des débats devant la cour d'appel saisie de l'instance initiale, la cour d'appel, qui aurait dû en déduire leur irrecevabilité en application du principe de l'unicité de l'instance, a violé le texte susvisé.

Portée et conséquences de la cassation

Réponse de la Cour

11Conformément à l'article 1015 du code de procédure civile, avis a été donné aux parties qu'il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 2, du code de l'organisation judiciaire et 624 du code de procédure civile.

12L'intérêt d'une bonne administration de la justice justifie en effet que la Cour mette fin au litige par application de la règle de droit appropriée.

13Le fondement des nouvelles prétentions du salarié existait déjà avant la clôture des débats dans la précédente procédure, en sorte que ces demandes qui se heurtent à la règle de l'unicité de l'instance sont irrecevables.

La décision

  • CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 27 septembre 2018, entre les parties, par la cour d'appel de Pau ;
  • DIT n'y avoir lieu à renvoi ;
  • Déclare irrecevables les demandes de M. J... ;
  • Condamne M. J... aux dépens, en ce compris ceux exposés devant les juges du fond ;
  • En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes.
  • Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;

Suivre l'article R. 1452-6 du code du travail

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Citer cette page : « Cour de cassation, chambre sociale (Formation restreinte), 23 septembre 2020, n° 18-25.026 », Legitym — legitym.com/fr/jurisprudence/ECLI%3AFR%3ACCASS%3A2020%3ASO00741 · mis à jour le 13 septembre 2026 · Réf. LGT-NZTDNHME