Vu les articles L. 1152-1 et L. 1154-1 du code du travail :
11Il résulte de ces textes que pour se prononcer sur l'existence d'un harcèlement moral, il appartient au juge d'examiner l'ensemble des éléments invoqués par le salarié, en prenant en compte les documents médicaux éventuellement produits, et d'apprécier si les faits matériellement établis, pris dans leur ensemble, laissent supposer l'existence d'un harcèlement moral. Dans l'affirmative, il revient au juge d'apprécier si l'employeur prouve que les agissements invoqués ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que ses décisions sont justifiées par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement. Sous réserve d'exercer son office dans les conditions qui précèdent, le juge apprécie souverainement si le salarié établit des faits qui laissent supposer l'existence d'un harcèlement et si l'employeur prouve que les agissements invoqués sont étrangers à tout harcèlement.
12Pour débouter le salarié de sa demande au titre du harcèlement moral, l'arrêt relève que s'il est établi qu'il avait travaillé un nombre considérable d'heures en juin et juillet 2017 et n'avait perçu ses salaires, au titre desdits mois, qu'après avoir saisi la juridiction prud'homale, l'intéressé avait néanmoins refusé de transmettre ses fiches de pointage à son employeur. Il ajoute qu'il est également établi que les deux accidents dont il a été victime sur son lieu de travail et au temps du travail n'ont pas été déclarés par l'employeur mais que cette absence de déclaration n'a engendré aucun préjudice pour le salarié.
13Il constate encore que si la compagne et le père du salarié ont attesté que ce dernier se plaignait d'une mauvaise ambiance de travail régnant dans l'exploitation et que l'employeur l'avait traité de « mou », de « chochotte » ou de « chique-molle », le salarié, qui avait déclaré dans son courrier de prise d'acte être contraint d'effectuer son travail dans des conditions non sécurisantes, se sentant harcelé moralement par des propos rabaissants, n'y citait cependant aucun propos précis.
14L'arrêt relève enfin que la mère du salarié a déclaré que son fils était harcelé téléphoniquement par l'exploitant ou par son fils, dès qu'il rentrait du travail ou lorsqu'il était en repos, mais que ces déclarations ne se trouvaient cependant confirmées par aucun élément objectif, le salarié ne produisant qu'une liste d'appels passés depuis son téléphone portable mais aucun appel reçu.
15La cour d'appel en a déduit que les éléments produits par le salarié, pris dans leur globalité, n'étaient pas suffisants pour établir une dégradation des conditions de travail de celui-ci, lequel ne prétendait pas qu'ils étaient susceptibles d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, les propos attribués à l'employeur ne se trouvant manifestement pas de nature à porter atteinte à ses droits et à sa dignité.
16En statuant ainsi, alors qu'elle avait constaté que le salarié avait travaillé un nombre considérable d'heures en juin et juillet 2017 et n'avait perçu les salaires correspondants qu'après avoir saisi la juridiction prud'homale, que des attestations faisaient état de la mauvaise ambiance de travail dans l'exploitation, ce dont le salarié se plaignait, et que l'employeur avait tenu à son égard des propos rabaissants, la cour d'appel, qui n'a pas constaté que l'employeur avait produit des éléments de preuve lui permettant de démontrer que ses agissements étaient étrangers à tout harcèlement moral, a violé les textes susvisés.