Sur le moyen, pris en sa deuxième branche
Ce que soutenait le demandeur
3L'employeur fait grief aux arrêts de le condamner à verser des rappels de salaire au titre du temps partiel outre congés payés afférents, alors « que l'accord sur l'aménagement et la réduction du temps de travail du 16 juin 2009 prévoyait, au titre des modalités de la réduction du temps de travail à 1 607 heures par an effectuées en 45 semaines, correspondant en moyenne à 35 heures et 33 minutes de travail par semaine, que les agents travailleraient 36 ou 39 heures par semaine et percevraient, en contrepartie du temps de travail réalisé au-delà de 35 heures 33 minutes, de 3 ou 20 jours de RTT par an ; que le protocole d'accord relatif à l'aménagement du temps de travail du 21 janvier 2014 prévoyait de même que la durée hebdomadaire de travail ne serait pas de 35 heures, mais au moins de 36 heures et au plus de 39 heures, des jours de RTT étant proportionnellement accordés pour que soit respectée une moyenne de 35 heures et 33 minutes de travail effectif par semaine ; qu'ainsi, contrairement à ce que prétendait la salariée, le temps de travail de 35 heures 33 minutes correspondait effectivement à la moyenne hebdomadaire du temps de travail réalisé, le temps de travail des salariés à temps plein n'ayant jamais été réduit à 35 heures de travail effectif par semaine ; qu'en affirmant au contraire qu'il y avait lieu de faire droit à la demande de la salariée, au prétexte que ''le temps complet étant légalement passé à 35 heures hebdomadaires, un mécanisme de compensation ayant été introduit dans l'entreprise avec pour effet des journées de congé supplémentaires sans qu'il s'agisse de jours de récupération d'un dépassement hebdomadaire de l'horaire contractuel de travail'' et que ''de ce fait la durée hebdomadaire de travail calculée à hauteur de 35,33 h est par suite une durée théorique'', la cour d'appel a violé l'article L. 3123-10 devenu L. 3123-5 du code du travail. »
Réponse de la Cour
Vu l'article L. 3123-10 du code du travail dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2016-1008 du 8 août 2016, l'article L. 3123-5 du même code, l'accord sur l'aménagement et la réduction du temps de travail du 16 juin 2009 et le protocole relatif à l'aménagement du temps de travail du 21 janvier 2014 :
4Selon les deux premiers de ces textes, compte tenu de la durée de son travail et de son ancienneté dans l'entreprise, la rémunération du salarié à temps partiel est proportionnelle à celle du salarié qui, à qualification égale, occupe à temps complet un emploi équivalent dans l'établissement ou l'entreprise.
5Selon le troisième, la durée annuelle de travail est de 1607 heures, elle s'apprécie sur l'année civile. Ces 1607 heures sont effectuées en 45 semaines ce qui entraîne une durée hebdomadaire théorique de 35 heures 33 minutes. La réduction du temps de travail est organisée par l'attribution de jours de repos, selon deux formules d'horaires hebdomadaires, 39 heures et 36 heures, l'agent qui travaille 39 heures se verra attribuer 20 jours de repos au titre de la réduction du temps de travail, celui qui travaille 36 heures se verra attribuer 3 jours de repos au même titre.
6Selon le dernier, en application des dispositions législatives relatives à la réduction du temps de travail, la durée annuelle de référence de travail est de 1607 heures, cette durée de travail s'apprécie sur l'année civile. La réduction du temps de travail organisée par l'octroi de jours de récupération du temps de travail (RTT) sur l'année peut prendre plusieurs formes selon différentes modalités : formule de 39 heures hebdomadaires sur 5 jours avec attribution de 20 jours de RTT annuels, de 38 heures hebdomadaires sur 5 jours avec attribution de 15 jours de RTT annuels, de 37 heures hebdomadaires sur 5 jours avec attribution de 9 jours de RTT annuels, de 36 heures hebdomadaires sur 5 jours avec attribution de 3 jours de RTT annuels.
7Pour condamner l'employeur à un rappel de salaire au titre du temps partiel outre congés payés afférents, les arrêts, après avoir rappelé les dispositions des articles L. 3123-10 puis L. 3123-5 du code du travail, énoncent qu'en application du principe d'égalité de traitement, les salariés à temps partiel sont égaux en droit aux autres salariés sous réserve de la spécificité de leurs horaires, que le salarié à temps partiel doit percevoir à poste équivalent un salaire horaire de même niveau que celui d'un salarié à temps plein.
8Les arrêts ajoutent que la transposition par l'employeur des dispositions prises pour les salariés à temps plein dans le cadre de la mise en place d'une réduction du temps de travail doit pouvoir se traduire soit par un horaire réduit, soit, si l'horaire est maintenu, par une hausse du salaire horaire ou encore le versement d'un complément différentiel de salaire horaire.
9Après avoir dit que l'employeur n'avait opté pour aucune de ces solutions, les arrêts ajoutent qu'il ressort des termes clairs et précis de l'accord sur la réduction et l'aménagement du temps de travail du 16 juin 2009, que pour une durée annuelle de référence conventionnelle de 1 607 heures, la durée hebdomadaire théorique était fixée à 35 heures 33. Ils ajoutent que le temps complet étant légalement passé à 35 heures hebdomadaires, un mécanisme de compensation a été introduit dans l'entreprise ayant pour effet des journées de congés supplémentaires sans qu'il s'agisse de jours de récupération d'un dépassement hebdomadaire de l'horaire contractuel de travail, ce dont ils déduisent que de ce fait la durée hebdomadaire de travail calculée à hauteur de 35 heures 33 est une durée théorique à partir de laquelle sont calculés les droits à RTT ou aux heures supplémentaires et que, dès lors, il convient de prendre en compte les calculs des salariées qui appliquent le ratio correspondant à leur durée hebdomadaire de travail au regard des 35 heures effectuées par leurs collègues à temps plein.
10En statuant ainsi, alors que les accords collectifs relatifs à la réduction du temps de travail ne prévoient pas que des jours de congés supplémentaires sont accordés en compensation d'une durée légale de travail portée à 35 heures hebdomadaires, qu'en revanche, il résulte des dispositions conventionnelles que lors de la réduction du temps de travail, la durée du travail a été annualisée, que la durée moyenne de travail hebdomadaire, calculée pour quarante-cinq semaines de travail est de 35 heures 33 ou 35,55 heures (1600/45) et qu'en contrepartie sont accordés des jours de réduction du temps de travail, la cour d'appel a violé les textes susvisés.